‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 46 sur 431 · Il avril · texte numérisé non relu

Il avril

héroïsme de chxsot.

au petit noyau de fidèles au milieu duquel il savait le prince, s’écrie : « Le roi ! messieurs, où est le roi? » — « Vous demandez le roi, le voici ! » riposte Chasot qui se précipite au-devanlde l’officier, avec lequel il engage uncombatà outrance. C’est à qui fera de son mieux et se multipliera devant des assaillants dont le nombre croissait à chaque instant. Chasot frappe d’estoc et de taille, porte des coups terribles, est atteint lui-même sans lâcher prise, sans paraître s’apercevoir du sang qu’il perd. Il était à bout de forces, couvert de blessures, il allait succomber, quand on lui vint en aide. Le roi, dégagé et tout à sa reconnaissance, le déclare, le proclame son sauveur. Cette action d’éclat valut à Chasot, avec l’ordre pour le Mérite, le grade de major du régiment de Bayreuth. Mais il ne devait pas en demeurer là : il sauvait le bagage du roi à la bataille de Czaslau, livrée le 17 mai 1742 1 2 ; et trois ans après, en juin 1745, à la journée de Hohenfriedberg, il méritait d’être signalé par son maître comme l’un des mieux faisants d'une armée où les vaillants ne manquaient pas. Frédéric a dit de cette bataille : « action inouïe dans l’histoire et dont le succès est dû aux généraux Gesler et Schmettau, au colonel Schwerin, et au brave major Chasot, dont la valeur et la conduite se sont fait connaître dans trois batailles également a. »

1. Voltaire, OEuvrrs complttes (Beuchot), t. L1V, p. 605. Lettre de Voltaire à Maupertuis; à Brunswick, le tti octobre 1743.

2. C’est probablement à la bataille de Kriedberp qu'il faut reporter l’anecdote suivante, que raconte Thiébault : a M. de Chasot, Français réfugié, et alors officier supérieur , avait eu des ordres précis relativement aux opérations qu'il devait faire pendant le combat avec le corps qu'il commandait; mais il s’en écarta, par un mouvement

STANISLAS DE BBONICKOUSKI.

Ainsi s’exprimera le souverain, niais l'ami ne sera pas moins reconnaissant; il chantera Chasot et ses prouesses dans son Palladion :

Muse, dis-moi comment en ces moments

Chasot brilla, faisant voler les tètes...

Les mêmes causes qui avaient brisé la carrière du chevalier en France devaient également compromettre son avenir en Frusse. A l’en croire pourtant, en Prusse comme en France, il fut la victimo d’une fatalité qu’il eût neutralisée, si une extrême réserve, la plus louable modération, eussent sufti pour le mettre hors d’atteinte. Les bontés du roi, la distinction dont il était l’objet, avaient fait des jaloux , un entre autres, le major Stanislas de Bronickouski, Polonais de nation, comme lui des dragons de Bayreuth, fort brave aussi, mais lier de ses avantages physiques, de sa vigueur et de sa haute stature. Cet officier, dont le renom de duelliste était des mieux établis, avait une

qu'il fll si à propos qu'il contribua essentiellement à la Wulolrt. Quand, apres la bataille, il se présenta au roi, ainsi que les généraux, Frédéric lui dit très-gravement : a Monsieur de Chasot, il faut que • je tous fasse Irancher la tète, ou que Je tous embrasse.» Et 11 l'embrassa. » DieudonnéThiébault.A'ourenirs de vinijl mis de séjour à Berlin (Ttidot, 1800), |. H, p. 181. \ celte bplailje, Chasot eût enlevé soixante A soixante-dix drapeaux h l’ennemi. • Le roi de Prusse alla au-devanl de lui, nous dit M. de I.uvnes, qui tenait ces détails de Chasot même, l'embrassa et lui donna mille marques de bonté. On pourvoit croire qu’il aurait joint quelque récompense ; mais ce n’est point son usage. • Duc de I.uvnes, mémoires . I. XI, p. .181 ; février 1 7 62. Cependant il demanda au chevalier re qu’il pouvait faire pour lui. Chasot , pour toute récompense, pria le roi de Prusse de vouloir bien honorer de sa protection son frère, l'abbé de Chasot, afin de lui faire obtenir un bénéfice du rai de France.

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