PROJETS DE MARIAGE
d’en toucher le prix ne fut pas complètement étranger à son déplacement, quoiqu’il s’en defende avec indignation,dans sa Professionde foi. «Quanta l’intérêt, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il ait eu aucune part à ma conversion. Ce que j’étois auprès du roi de Prusse, le rang que je tenois à sa cour, soit par ma naissance, soit par les emplois que j’avois, les biens que je possédons, la fortune dont je jouissois, tous ces avantages, comparés avec la situation où je suis présentement, doivent faire connoître que l’intérêt n’a pas été le motif qui m’a engagé à changer de religion. » Malheureusement pour Pollnitz, il ne faut que lire ses Mémoires, cette longue odyssée où il court incessamment après la fortune sans jamais l’atteindre, pour reconnaître le peu de solidité de pareils arguments.
Mais son abjuration n’avait pas porté tous les fruits qu'il en attendait, et sa situation était assez critique même. D’une façon ou d’autre, il lui fallait battre monnaie, et il ne trouva point de meilleur moyen qu'un mariage de raison. 11 avait des engagements avec une vieille marquise fort tendre, malgré ses soixante et dix printemps, et dont les quatre-vingt mille livres de rente eussent merveilleusement relevé les affaires de notre galant. Le mariage était sur le point de se conclure, en dépit des obstacles que s’efforçaient d’y apporter deux fils, l’un et l’autre établis et qui n’envisageaient pas sans effroi un tel acte de folie, quand la dame, prise d’une indisposition sans gravité apparente, expirait dans ses bras, emportant avec elle tous ses projets de fortune et d’avenir1. Pollnitz, au désespoir, quitta
1. Baron do Poellnllz, Mémoires (Amsterdam, 1736), t. IV, p. 28 IV. U