‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 69 sur 431 · DURS MOMENTS · texte numérisé non relu

DURS MOMENTS

pleine de trait et de saillies. Il savait par cœur, comme on l'a dit plus haut, la chronique scandaleuse de Berlin et de toutes les cours de l’Europe, et la forme qu’il donnait à ces historiettes n’en atténuait pas le fond ; en un mot, il amusait le fils comme le père, et c’était autant qu’il en fallait pour être des soupers de Sans-Souci, où il se faisait écouter entre Voltaire et La Mettrie. Ajoutons que Frédéric, qui teuait à faire sentir son aiguillon et à le faire entrer même assez avant dans les chairs , avait fait de l'honnête baron son souffredouleur. 11 n’a pas d’illusions sur son compte et ne lui cache point sa pensée à cet égard. Ce sont autant de couleuvres qu’il faut avaler; et, quelquefois, la mesure est plus que comble, même pour un Pollnitz. Il y a des moments où celui-ci, à bout de patience, veut en finir, échapper à des ignominies qui se renouvellent à tout instant : il se dira moribond, il demandera son congé. Mais à ces velléités de révolte succède la réflexion. Qlie fera-t-il? où ira-t-il? Qui voudra de lui? Il entre\oit alors son imprudence dans ses terribles conséquences, et se hâte de supplier son maître d’oublier, devant son repentir, un instant de folie et d’égarement. C’est là où l’attend Frédéric, qui pardonne, mais non sans flageller le pauvre chambellan de sa raillerie impitoyable.

J’ai pris la résolution de vous accorder encore une fois voire grâce, le pardon et l’oubli de tout ce que vous avez commis, pourvu que vous vous soumettiez cordialement aux conditions suivantes :

1° Que je prétends faire publier par toute la ville de Berlin que personne ne doit s’émanciper de vous prêter quoi que ce soit, ni en argent, ni en marchandises, sous peine de centducals

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