LE MARCHAND MARTINI
2° Que je vous défends absolument do mettre le pied dans la maison d'un ministre étranger, ou d’avoir un commerre avec eux dans les autres maisons, ou de leur faire des rapports do ce qui pourra être dit R table ou dans la conversation ;
3° Que toutes les fois quo vous serez admis à ma table, trouvant les autres convives en belle humeur, vous éviterez avec soin de prendre mal à propos le visage d’un cocu, et que vous chercherez plutôt de contribuer à soutenir et à augmenter la joie '.
Ce persiflage était d’autant plus cruel, que Pollnitz ne pouvait le prendre pour des paroles en l’air. Lorsqu’il était à bout d’expédients, ce qui n’arrivait que trop souvent, le baron ne regardait pas aux moyens pour se créer des ressources, à l’étranger surtout, quand il obtenait quelque congé. Son nom, ses grands airs, le titre de chambellan de Sa Majesté prussienne étaient autant de facilités pour se livrer aux manœuvres les moins justifiables. Ainsi, à cette époque même, étant à Paris, il n’avait trouvé rien de mieux que de duper un marchand dont les plaintes parvinrent jusqu’à Frédéric. Il s’efforça bien de présenter les choses à sa façon, mais le roi le connaissait trop pour prendre le change. « J’ai reçu avec votre billet du 28 de ce mois, écrivait le prince à Podewills, la lettre apologétique par laquelle le baron de Pollnitz tâche de donner quelques tours à la vilaine pièce qu'il a jouée au marchand Martini, à Paris. Je sais ce que j’en dois croire; mais ayant pardonné audit Pollnitz les sottises passées qu’il a faites, je lui pardonnerai encore celle-là, à la
1. OEmres de Frédéric le Grand (Berlin, Prcu<8.), t. XX, p. 78, 7 0. Lettre de Frédéric à Pollnilz; Berlin, 21 Juillet 17 4V
SS