TYRANNIE DE FRÉDÉRIC
condition qu’il lâche de satisfaire ce marchand *... » Eu somme, il s’arrange de son chambellan et ne le changerait pas pour un bon. Celui-ci, sans la considération des appointements, n’eùt souhaité autre chose que se tenir à distance des coups de boutoir, et il saisissaitle moindre prétexte pourse conquérir quelquesjours de paix etdeliberté.Mais encore un coup, que cesoitpour Pollnitz comme pour d’Argens, Algarolti, ou Voltaire, Frédéric n’entend jamais qu’on s’éloigne : il tient à son monde, à son entourage, et dans toute demande de congé il flaire un complot de le quitter. 11 sentait donc que son joug pouvait être parfois dur, qu’il pouvait y avoir quelque chose de préférable à la position. sienviée à distance, d’ami du philosophe de Sans-Souci? «11 est difficile, en vérité, dit Macaulay avec une dureté trop justifiée, d’imagineraucune raison, à moins que ce ne fût la rage de la faim, qui ait pu décider aucun homme à supporter cette misère d’être le compagnon du grand roi1 2.» F rédéric n’avait pas peur que Pollnitz lui échappât; mais il ne voulait pas, même pour un peu, se dessaisir de sa victime. 11 allait partir, le baron se prétend malade eterie merci. «Voyant par votre lettre, lui répond le roi, que le mauvais état de votre santé vous empêche de me suivre, je veux bien vous laisser à Berlin pour vous remettre. Cependant, il me paraît que votre indisposition vous prend ordinairement quand je suis sur mon
1. (Havres de Frédéric le Grand (Berlin, Preusa.), t XXII, p. 80. Lettre de Frédéric au nilnialre d'Flat, comte de Podewills; Berlin, 30 janvier 1745.
2. Lord Maraulay, Essais historiques et biographiques , traduction de Guillaume Guizot (Paria, Lévy, t8G2l. Deuxième série, p. 322.