‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 73 sur 431 · LES INUTILES DE COUR · texte numérisé non relu

LES INUTILES DE COUR

désignait lui-même. A propos de la mort d’un de ses collègues, le chambellan Riedel, qui avait mille écus de pension « destinés de tous temps à l'entretien des inutiles de la cour, » il écrivait, en effet, au roi, qu’il espérait bien que Sa Majesté n’en changerait pas l’usage. « Et si, tel était son bon plaisir, ajoutait-il, je la supplie très-humblement, en qualité de premier et de plus ancien inutile de sa cour, de vouloir bien que je rentre dans la puissance de deux cents écus, dont j’ai été privé *. » Car, Frédéric, qui appliquait à tout son esprit économique, avait jugé que la meilleure et la plus effective preuve qu’il pouvait donner de son mécontentement, c’était de diminuer les appointements de ses serviteurs ; et ainsi avait-il procédé avec le baron, qui supportait malaisément cet amoindrissement infligé depuis sept ans dans ses revenus, et ne se lassait point d’adresser requêtes sur requêtes au prince qui lui répondait, en le turlupinant : « J’ai bien reçu votre lettre du 31 du mois dernier. J’entre véritablement dans votre situation ; mais je suis persuadé qu’à votre tour vous entrerez dans les miennes. La mbrlalité des bestiaux, le débordement des rivières, le" dégât des ouragans dans les forêts, tous ces accidents réunis ne permettent pas de faire pour MM. mes chambellans ce que je voudrais. Prêtez-vous donc aux circonstances, et comptez au reste sur toute la bonne volonté que vous me connaissez pour vous 1 2. » Là le persiflage n’est

1. Œttrret deFrrdtric le Grand (Berlin, Preus».), I. XX, p. 84. Lellre de Pollnili à Frédéric; Berlin, 13 septembre 17 49.

2. Ibid., I. XX, p. 85, 8G. Lellre de Frédéric 5 Pollnili; Potidam, 2 août I 75t.

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