PLAISANTERIE D'UN GOUT DOUTEUX
pas voilé. Non-seulement Frédéric ne cherche point à donner le change, mais il faut encore que l’on sente le mauvais vouloir, la détermination de n’accorder aucune faveur. En pareil cas, la raillerie est de trop. « Le temps est mauvais pour tous ceux auxquels je dois, répond-il une autre fois à son nécessiteux chambellan; mais je vous promets les dépouilles de la première église des jésuites que nous pillerons, et si jamais je vous vois la bourse remplie, je vous croirai rajeuni de vingt ans ‘. » Celte facétie, d’un goût plus qu’équivoque, ne parut pas convaincre Pollnitz, auquel on ne parlait que d’éventualités peu sérieuses. Mais le Salomon du Nord était entêté et tenace jusque dans ses plaisanteries; et on le voit, quelques jours après, revenir sur cette idée du sac d’une église de jésuites pour reconstituer une fortune à son chambellan.
... Quand j’aurai un pays, monsieur le baron, et que vous le saurez, vous pourrez vous adresser en toute liberté à moi pour le soulagement de votre vieillesse; mais à présent, vous, et s’il y en a de plus adroits dans le métier d'escroquer, je vous défie tous ensemble de vous refaire sur moi et sur ce qui dépend actuellement de moi. Une église de jésuites ne serait pas si mauvaise; vous n'en sentez pas toutes les conséquences. Il y a à Prague, certain tombeau de saint Népoinucène très-capable de tenter votre piété, je ne dis pas pour l’argent dont il est fait, mais pour les reliques qu’il contient ; il y a de plus un joli petit enfant d'or tout massif, voué et donné par l'impératrice-reino à la sainte et immaculée Vierge, et, comme vous savez que les enfants, ne sont pas des meubles d’une pucelle, la divine Mère de notre Seigneur pourrait peut-être facilement se laisser persuader à en favoriser votre humilité. Pensez-y
1. Œuvres de Frédéric le Grand (Rerlin, Promu.), t. XX, p. 89 Lettre de Frédéric à Pollnitz; Belllern, 3 juin 1*62.