PROFESSION DE FOI DE FRÉDÉRIC
bien, baron, ceci mérite de profondes réflexions : un enfant, tout d’or! Que d’habits, que de meubles, que de repas il pourrait vous donner! Que de dettes il pourrait acquitter! que de créanciers il apposerait ! Ce bel enfant d'or, baron, vous rajeunirait, et il me semblerait vous voir, le possédant, le visage sans rides, la démarche gaillarde, le dos droit comme une asperge, et l’imagination pétillante comme du vin de Champagne. C’est ce que je vous souhaite, ne pouvant que souhaiter1 2.
Frédéric croyait à peu de choses, hors l’esprit et l’habileté. 11 avait un profond mépris de l’espèce humaine, et il le fallait bien pour qu’il fût, avec ceux qui dépendaient de lui, tout à la fois si indulgent et si impitoyable. Son entourage ne l’honore point. Au lieu de jouer avec un Pollnitz comme le chat avec la souris, il eût été plus digne, puisqu’il ne l’estimait pas, de l’éloigner. En 1749, le roi de Prusse écrivait à Algarotti : « Voltaire vient de faire un tour qui est indigne. 11 mériterait d’être fleurdelisé au Parnasse. C’est bien dommage qu’une âme aussi lâche soit unie à un aussi beau génie. Il a les gentillesses et les malices d’un singe. Je vous conterai ce que c’est, lorsque je vous reverrai; cependant je ne ferai semblant de rien, car j’en ai besoin pour l’étude de l’élocution française. On peut apprendre de bonnes choses d’un scélérat. Je veux savoir son français; que m’importe sa morale *? » Nous avons vainement cherché, à cette date, quel tour indigne Voltaire pouvait avoir commis; et, comme il s’agit de le fleurdeliser au Parnasse, nous supposons
1. OEuvrea de Frédéric le Grand (Berlin , Preura.), t. XX, p. 90. Lettre de Frédéric à Pollnilx; tietllern, 20 juin 1762.
2. Ibid., I. XVIII, p. 65, 66. Lettres de Frédéric à Algarotli ; Polsdani , le 12 seplcmhre 1719.