‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 77 sur 431 · ÉLISABETH-CHRISTINE · texte numérisé non relu

ÉLISABETH-CHRISTINE

faire envisager à celle princesse comme une satire des abus de l’Église romaine. Je ne crois pas, ajoute-t-il, qu’elle ait pris le change; mais la bonne politique l’eugageoit à de grands ménagements avec ce poète, qui étoit dans le plus haut période de faveur'. »

La reine-mère n’avait, en somme, rien à envier à sa belle-fille, qui n’était épouse et reine que d’une façon purement nominale. On sait que Frédéric éprouva jusqu’à la fin pour celle-ci une répidsion qu’il prit trop peu soin de cacher. Bielfeld, qui vécut auprès d’elle, à Rheinsberg, à l’époque de son mariage, et qui la vit dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, nous fait d’elle le portrait le plus séduisant1 2 3. Mais le roi de Prusse n’oublia jamais qu’il avait été contraint et forcé, et, par la plus cruelle injustice, la rendit responsable d’arrangements qu’elle n’avait fait comme lui que subir. La pauvre princesse ne négligea rien pour vaincre cette indifférence outrageante. Mais le peu de penchant de Frédéric pour les femmes ne pouvait que l’affermir dans un éloignement qui ne cessera point. Élisabeth-Christine n’était pas sans connaissances. La Croze, qui avait donné des leçons de géographie et d’histoire à ses belles-sœurs, l’aidait daus le choix de ses lectures et lui indiquait ce qu’elle pouvait butiner sans inconvénient, dans le dictionnaire de Bayle. Cela fit dire alors que Frédéric et sa femme, à eux deux, savaient tout ce gros ouvrage

1. Forme)', Souveuirt d’un citoyen, (Berlin, 1780), t. Il, p. 6.

2. Baron <le Bielfeld , Lettre » familière! (la Haye, 17G3), I. I,

p. 80, St, 82. Lettre VIII ; à llointberg, le 30 «l’octobre 1730.

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