‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 78 sur 431 · LES SOUPERS UE SCUUENHAUSEN · texte numérisé non relu

LES SOUPERS UE SCUUENHAUSEN

par cœur, parce que les articles que la princesse savait le mieux étaient ceux que son auguste époux lisait le moins. Elle s’amusait à traduire des livres d’édilication, entre autres, la Dame en solitude, de Sturm, qu’elle ne donna pas à revoir, on s’en doute bien, à Voltaire, « dont la méchanceté etles vilainies, nous dit l’abbé Deninu , la dégoùtoient autant que son esprit la charmoit V» Si le dégoût était réel, on avait alors grand soin de n’en laisser rien percer, et le poète ne cessa de lui faire sa cour, jusqu’à son départ de Prusse. 11 est à croire, du reste, que son assiduité n’alla jamais jusqu’à être importune. On ne s’amusait guère au château de Schœnhausen, et la chère y était médiocre. La reine, soit quelle fût naturellement intéressée, soit qu’elle sentit le besoin d’une stricte économie, ne se ruinait pas en frais de représentation et en galas; et ceux qui avaient l’honneur de s'asseoir à sa table ne se trouvaient pas pour cela dispensés de souper chez eux. « Je me souviens, raconte Thiébault, qu’un soir, madame la maréchale de Schmettau, déjà attaquée delà longue maladie dont elle est morte, n’eut, pour sa part, de tout le souper de la reine, qu’une cerise confite, bien que Sa Majesté eût recommandé qu’on eût grand soin d’elle2. »

Voltaire était autrement empressé auprès des frères de Frédéric, qui, muselés par une discipline inflexible, saisissaient avidement toute occasion de se divertir.

1. L’abbé Denina, la Prusse littéraire sous Frédéric II (Berlin, 1790), t. Il, p, 10, 17. — Christian Barlholomess, Histoire philosophique dr l’Académie de Prusse (Paris, 1850), t. I, p. 24U.

2. Dieudonné Thiébaiilt, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Didot, 1800), t. I, p. 193.

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