‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 79 sur 431 · UN SENAT IMPROVISÉ · texte numérisé non relu

UN SENAT IMPROVISÉ

L’tiu de leurs passe-temps favoris était la comédie, la comédie jouée en famille par les princes et les princesses, et quelques courtisans privilégiés. Voltaire n’eut pas la peine de stimuler cette passion du théâtre qui, au dix-huitième siècle, est, en tous les pays, le délassement des honnêtes gens. A peine est-il arrivé, qu’on joue Rome sauvée daus la chambre de la princesse Amélie. Ricu de merveilleux comme l’aisance et le sans-gène du poète avec ces princes qui sont ses premiers courtisans. 11 est. chez eux comme chez lui, comme à son théâtre de la rue Travcrsière ; il se croit encore au milieu de sa troupe de Clermont, et maltraite ses interprètes avec des élans furibonds auxquels l'assemblée ne s’attendait guère.

...M. le marquis de Salon (c’est Collé qui parle) nous dit encore, qu’on lui avoit écrit de Prusse que Home sauvée ou le Catilina de Voltaire y avoit assez bien réussi. Que ce dernier avoit fait beaucoup d’exiravapances aux répétitions de sa pièce, surtout une, où la reine et les princesses étoient présentes. Pour lui composer un Sénat, on lui avoit babillé plusieurs tailleurs et ouvriers de l’Opéra; un de ses droles-li, qui le voyoit se démener comme un possédé, ne pouvant s’empêcher de rire. Voltaire lui dit en colère : Mais vous n'etes pas ici pour rire! — Prenez doue ijarde, lui dit quelqu’un, tous êtes là devant la reine ! — Cela est vrai, répondit-il, je n’y ai pas pris garde; mais tout est euréme-prenwit

J, Collé, Juuntnl (Paris, 1805), l. I. p. 387, janvier 1751. Duvernel raconte un peu différemment colle anecdote, qu'il dit tenir de Uargel : au lieu de tailleur» el d’ouvriers de l'Opéra, ce sont des soldais plus familiarisés avec les évolutions du champ de mamruvre qu’avec celles du théâtre. Voltaire, qui faisait Cicéron, dépité de la gaucherie do ces braves gens, so serait écrié ! • F., j'ai demandé des hommes et on m'envoie dos Allemands ! > ce qui eût beaucoup fait rire I auditoire. 1,'abbé Duvcrnet, La lie ite Voltaire (Genève, 1785),

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