‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 85 sur 431 · LA BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE

la guerre , et un bureau où l’on aperçoit deux cubes en verre , l’un servant d’encrier, l’autre de poudrière, et de grands ciseaux à papier. Si l’on peut juger d’un homme à l’inspection seule de sa bibliothèque, ces armoires qui recèlent non-seulement les livres favoris, mais àpeuprès toute la pâture intellectuelle du philosophe de Sans-Souci, sont une révélation. Chez ce prince allemand, pas un livre allemand. Les seuls ouvrages qui représentent l’antiquité grecque et latine sont des traductions françaises. Quoiqu’il arrive à Frédéric de hasarder de temps à autre quelque citation latine, ne prenez son érudition que pour ce qu’elle vaut, et n’attendez de lui sur les écrivains du siècle d’Auguste aucune appréciation sérieuse: il n’eût pas appelé Voltaire « le Virgile français, » s’il eût mieux connu Virgile. Cet ensemble est donc presque uniquement composé de nos classiques, en tête desquels, comme de raison, figure l’illustre auteur de la Henriade. 11 serait intéressant de donner le détail des livres, d’ailleurs peu nombreux, au milieu desquels il vivait, et à qui il consacrait les trop courts instants qu’il pouvait dérober aux affaires. Mais cette enquête piquante nous est interdite, et il nous faut sortir par la porte ouvrant sur les parterres de l’esplanade qui règne le long du château. L’aspect est ravissant : à gauche, Potsdam ; à droite, une forêt de chênes et de hêtres ; en face, le jardin qui descend par six terrasses différentes, jusqu’à la rivière. Au bas, ce n’est plus qu’un vaste parterre avec fontaines, bassins, jets d’eau, cascades, vases, colonnes, obélisques, cabinets de treillages, labyrinthe, fabriques, toute l’ornemeutatiou

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