‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 91 sur 431 · LES ÉPINES SOUS LES ROSES · texte numérisé non relu

LES ÉPINES SOUS LES ROSES

petit divertissement à Voltaire ; et, avant tout, ne sentait-on pas l’utilité, la nécessité de pareils services? Le poète, en somme, eût passé tout aussi agréablement le temps qu’il consacrait à la révision des manuscrits royaux, à discourir avec son auguste ami sur tous les sujets, à effleurer toutes les thèses, à médire et à se moquer des absents et même des présents, ce qui n’était que trop le péché mignon de tous les deux. Et voilà ce qu’il eût été équitable de ne pas méconnaître.

Ce ne sont pas seulement les malices du « père abbé » qui préoccupent Voltaire. Dans cette même lettre du 6 novembre, nous relèverons une phrase qui a bien son importance et vient donner raison aux sceptiques qui ne croient pas à l’amitié entre grands hommes. Il s’agit de Maupertuis, si heureux, si enchanté naguère de l’arrivée du poète à Berlin. La prédiction de mauvais augure de Buffon commençait à se réaliser, et l’auteur de Mérope, quinze jours à peine après cette prophétie, mandait à sa nièce : « Maupertuis n’a pas les ressorts bien liants; il prend mes dimensions durement avec son quart de cercle. On dit qu’il entre un peu d’envie dans ses problèmes '. » Ces accusations, à coup sûr, sont fondées sur des infiniment petits, mais les épines se font déjà sentir sous les roses 2. Ce ridicule antagonisme avec un

1. Voltaire, Œuvres complètes (Beuchol), t. LV, p. 506. Lettre de Voltaire à madame Denis; 5 Potsdam, le 6 novembre 1750.

2. L'auteur de la Notice historique sur la Vie du marquis de Valori rapporte une anecdote qui serait significative, si elle était admissible i cette date. Un jour que Voltaire lisait devant le roi de Prusse le quatrième acte de Mahomet , Maupertuis semblait prendre à lèche d'interrompre la lecture par des remarques pointilleuses qui devaient faire cabrer son trop susceptible auteur, s Vous ne trouves

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