‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 93 sur 431 · ACCUSÉ DE VOLER AU JEU · texte numérisé non relu

ACCUSÉ DE VOLER AU JEU

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unehauteurassezdcdaigneuse. Ungrand prince avoil la complaisance de jouer aux échecs avec lui, et de lui laisser gagner les pisloles des enjeux. Quelquefois même la pistole disparoissoit avant la Qn de la partie; on la cherchoit et on no la trouvoit point *.

Nous connaissons assez Voltaire pour savoir à quoi nous en tenir sur de pareilles accusations. L’on nous parle de sa hauteur dédaigneuse : nul n’était plus poli, plus charmant, plus caressant que Voltaire. Il était assez vain pour s’accommoder de ce concours de grands seigneurs, qui ne faisaient que copier le prince en le comblant d’égards, et trop adroit , trop sensé pour rebuter par une morgue et des dédains qu’il n’eut jamais même à l’égard du moindre homme de lettres. Quant à cette pistole qui disparaissait avant la fin de la partie, que l’on cherchait, que l’on ne trouvait point, et qui ne prenait pas d’autre chemin que le gousset de l’auteur de la llenriade, de bonne foi, à qui veut-on faire croire de pareilles inepties? Voltaire avaitétéjoucur dans sa jeunesse, il avait été échaudé par le pharaon et le biribi ; entre autres mésaventures de ce genre, on l’a vu, en son temps, accuser très-philosophiquement une perte de cent louis à Forges, selon sa louable coutume de faire tous les ans, nous dit-il, « quelque lessive au jeu*. » Il pouvait être un joueur nerveux; mais empocher régulièrement et par avances d’hoirie cette pistole, trop bien à sa portée pour qu'il ne comprit pas l’intention qui l’y avait placée ! le moyeu d’admettre cela?

1. Fortney, Souvenirs d'un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 235.

2. Voltaire, Œuvres complètes (Beochot), t. El, p. 81. Eetlre de Voltaire à madame de Bernièrea ; septembre 17 22 (août 1724).

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