‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 11 sur 342 · LA DUCHESSE DE WURTEMBERG · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE WURTEMBERG

à Berlin, vousy serez toujoursle bienvenu, et j'aurai soin alors de vous accommoder de la pen&ion annuelle de mille florins '.» Ces offres étaient séduisantes, et la petite cour de Stuttgard et ses princes, à la longue, devaient avoir tort dans l'esprit du gentilhomme provençal, qui ne demandera plus qu'une occasion pour changer de pays et de maîtres. La duchesse fait un voyage à Berlin et mène le marquis avec elle. L'on s'arrête, en passant, à Bayreuth, ce qui nous vaut un portrait de la duchesse par la margrave qui est loin de la traiter en amie.

Nous comptions partir dans huit jours , lorsque la duchesse de Wirtemberg s'avisa de venir à Bareuth. Cette princesse, très-fameuse du mauvais côté, alloit à Berlin, pour voir ses 61s dont elle avoit confié l'éducation au roi... Je trouvai cette princesse assez bien conservée; ses traits sont beaux, mais son teint est passé et fort jaune ; elle a un flux de bouche qui oblige au silence tous ceux auxquels elle parle ; sa voix est si glapissante et si forte qu'elle écorche les oreilles; elle a de l'esprit et s'énonce bien; ses manières sont engageantes pour ceux qu'elle veut gagner, et très-libres avec les hommes. Sa façon de penser et d'agir offre un grand contraste de hauteur et de bassesse. Ses galanteries l'a voient si fort décriée que sa visite ne me fit aucun plaisir^

En dépit des années, la bonne princesse a su conserver un cœur tendre et trop tendre, et Thiébault raconte encore que d'Argens, effrayé de la vivacité de ses sentiments, ne trouva d'autre moyen d'échapper

1. Mémoires de Frédérique-Sophîe Wilhelmîne de Prusse, margrave de Bareuth (Paria, 1811), t. H, p. 335, 350. Voir, par contre, le portrait tout flatteur, que nous fait de la princesse le baron de Bielfeld, dans ses Lettres familières (la Haye, 1763), t. Il , p. 107 à 113. Lettre LVn.

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