‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 119 sur 342 · L'OPINION PEU FAVORABLE AU POETE · texte numérisé non relu

L'OPINION PEU FAVORABLE AU POETE

du margrave Charles*. Mais enfin Voltaire y était bafoué, vilipendé; Ton pouvait être indulgent sur le reste. 'Si l'opinion fut loin de lui être favorable , des esprits calmes, sans parti pris, nous le représentent comme Tobjet de l'exploitation de Thonnéte Israélite*. On sait désormais quelles accusations Ton peut porter contre l'auteur de la Benriade, qui, en fait d'agio et d'entreprises de finances, à l'exemple de son temps et de ses contemporains, avait peu de scrupules. Frédéric en avait-il beaucoup plus? Chaque société, chaque peuple a sa morale propre, selon ses besoins et ses intérêts; une morale fort élastique, qui permet, souffre tout au moins, ce que réprouve la morale absolue.

1. L'abbé Dénina, la Prusse littéraire sovs Frédéric II {Berlin, 1791), t. llî, p. i65, 166. Mérian écrivait, à cet égard, à Charles Bonnet : « Après la mort du roi, on publia dans ses œuvres une Tacétie intitulée Tantale en procès. Cette platitude n*était point de lui, mais d'un bouffon du margrave Charles, nommé Potier. Ce bouffon jouait le premier jour de chaque mois devant Son Altesse royale une soi-disant comédie de sa composition , où il faisait seul tous les rôles, et qui roulait sur les événements du temps. Celle-ci étant jouée lors du procès édiOant entre les deux juifs Hirsch et Voltaire (Mérian avait ses raisons de ne pas aimer le poêle), excita quelque attention, vu surtout que le poêle boufl'on contreraisait à merveille la voix et les grimaces de Voltaire. On la lui fit répéter dans des maisons particulières pour de l'argent; et j'ai moi-même assisté à une représentation de cette farce. Comme il en donnait aussi des copies en se les Taisant payer, elle sera parvenue de cette façon dans le porlefeuille de M. Darget, dont les héritiers auront élé bien aises de vendre toute leur provision littéraire sous un nom qui en renchérissait bien le prix. 11 en sera de même de je ne sais combien de pièces mises sur le compte du roi Frédéric. » Lettre de Mérian à Bonnet (Manuscrits de la bibliothèque de Genève), reproduite par M. Sayous, dans le Dix-huitième siècle ù ^étranger (Amyot, 1861), t. n, p.244.

2. Longchamp et Wagnière, Mémoires sur Voltaire (Paris, 1826), /. Il, p. 3Îλ Lettre de M. ManchaW, coti«ft\\\«T v^\\^ ^>\ tO^ ^

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