‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 123 sur 342 · PRÉSOMPTIONS DÉFAVORABLES · texte numérisé non relu

PRÉSOMPTIONS DÉFAVORABLES

police, des démarches pour recouvrer les manuscrits dérobés par notre Longchamp*? Voltaire ne simule pas des appréhensions qu'il n'a point; il n'est que trop réellement alarmé sur le sort de son livre; et, à notre sens, ce n'est pas sans cause. Sait-il même au juste où relancer le fugitif, dans le cas où il ne s'exécuterait pas de bonne grâce? L'adresse seule de la lettre qui va suivre prouve l'incertitude sur laquelle il est de la direction que Lessinga prise*. M. Stahr appelle l'inquiétude du poëte une inquiétude pusillanime; cela lui est facile à dire. A l'heure qu'il est, nous connaissons la nature honnête et droite de l'auteur de la Dramaturgie; nous conviendrons qu'il était parfaitement incapable du procédé le moins équivoque. Mais on ne peut pas faire un crime à Voltaire de n'avoir pas deviné tout cela dans ce jeune homme de vingt-deux ans, qui courait le monde avec son Siècle.

Quoi qu'il en soit, le poëte éperdu prendra luimême la plume, et, quel que soit le fond de sa pensée, il saura ménager le coupable et lui laisser ouverte la voie du repentir, tout en lui faisant sentir la gravité de l'imprudence qu'il a commise :

On vous a déjà écrit, monsieur, pour vous prier de rendre Texemplaire qu'on m'a dérobé, et qu'on a remis entre vos

1. Voltaire. OEuvres complètes (Beuchot) ^ 1. 1, p. 368, 369, 370; avril et mai 1751. — Longchamp et Wagnière , Mémoires sur Voltaire (Paria, 1826), t. Il, p. 346 à 349. Lettre de Longchamp à Vol* taire; ce 30 mars 1852.

2. Voici l'adresse: « A Monsieur, Monsieur Lessing, candidat en médecine à Vittenberg. Et, s'il n'est pas à Vittenberg, renvoyez à Leipzig pour êlrj remis à son père, ministre du St Évangile, à deux mille» de Leipzig, qui saura sa demeure, y>

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