SE TRADUIT EN ÉPI6RAMMES
bientôt éventée, laissa sur son compte. On répandit le bruit dans Berlin, que la fuite seule l'avait garanti de répressions méritées; et son ami Mylius lui mandait à Wurtemberg : a Votre aEFairc avec Yollaire a fait une grande sensation. Vous êtes plus connu depuis votre départ, que vous ne Tétiez pendant votre séjour ici. » Le roi n'avait pas ignoré Taventure; il en garda même un souvenir défavorable, qui ne se dissipa ja« mais dans son esprit prévenu. Et tout cela fit que Lessing voua au poète français une haine éternelle que ne devaient pas assouvir quelques épigrammes plus ou moins acérées ^
Retranchez de sa vie cette aventure regrettable, et son talent prenait peut-être une tout autre voie. Au
1. D*abord celle-ci, intitulée Le Poète avare: o Vous demandei pourquoi Semire e^^t un riche avare? Semire , lu poëte? Lui que lit, que lira la postérité. — Parce que, d'après l'arrêt tuneste du destin, chaque poëte est condamné à vivre dans l'indigence, u Après la mort de Lessing, on trouva, parmi ses papiers, une feuille sur laquelle on lisait, à rorcasion d'une fable de Phèdre: c La morale réelle est celle-ci, que c'est une affaire très-délicate de vider un diCTérend où les deux parties ^ont reconnues fourbes. Ainsi, par exemple, dans le proies qu'avaient ici Voltaire et le juif Hirscb, il y a quelques années, on aurait fort bien pu dire au juif :
Tu son videris perdidisse quod petis I et à Voltaire :
Te credo snrripuisse , quod pulchre oegas !
Et cette dernière épigramme publiée également dans les OEuvres de Lesning, t. I, p. 32, 33, à la On de laquelle Lessing prétend avoir découvert pourquoi « le plus rusé juif de Berlin » n'est pas parvenu à tromper a le plus ^^pirituel des spirituels de France. » — « Voulezvous comprendre pourquoi la malice du juif n'a pas de succès? Écoutez cette réponse : M. de V*** était un plus grand roué que lui. » 11 faut croire que tout cela perd beaucoup à la traduction. Adolf Stahr, Lesêing^ Sein Leben und Seine Werke, (Berlin, 1864), p. 99.
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ho LES PETITES CAUSES.
moins cela vient-il donner quelque apparence à ce paradoxe privilégié de Voltaire, la prépondérance des petits événements dans Thi&toire. En tout état de cause , l'auteur de la Dramaturgie^ esprit original et indépendant, ne pouvait que concourir au mouvement d'affranchiss^ement qui était depuis longtemps dans les aspirations de chacun, mais qui attendait un homme. Ce qu'on peut ajouter, c'est que cette aversion personnelle contre un écrivain, le représentant le plus considérable des lettres françaises, ne devait que surexciter la verve de celui à qui il était donné de frapper les premiers coups. A ce point de vue, cette petite disgrâce si vivement ressentie n'eut que d'heureuses conséquences. Si les tragédies de Voltaire, prises à partie par Lessing, ne sont pas sorties de ces attaques, parfois vétilleuses, sans accrocs et sans blessures, que nous font à nous les tragédies de Voltaire? Nous applaudissons de grand cœur au succès d'efforts auxquels, en fin de compte, l'Allemagne et la littérature de tous* les pays durent une pléiade de poètes originaux qui avaient mieux à faire (et l'ont prouvé) que copier servilement nos écrivains et couler de pâles et ternes figures dans le moule déjà usé de nos tragédies. Voilà ce qui ne nous est nullement pénible à dire. Mais, par contre, nous étonnons-nous un peu de la dureté imméritée avec laquelle Voltaire est traité par le biographe de Lessing. Est-il donc indispensablequeThommedont on écrit la vie ait partout et toujours inexorablement raison? Dans cette circonstance, Lessing se conduisit en étourdi de vingt-deux ans; il commit une faute dont, certes, il n'avait point envisagé la gravité, mais
BONS SENTIMENTS DE RICHIER. i7i
qu'il n'est pas juste do faire retomber sur Voltaire. La viclimedesa légèreté (c'est M Stahrqui nous l'apprend) se montra plus équitable. Richier ne parla jamais de son ancien maître qu'avec attachement et respect, expliquant et excusant la mesure de rigueur dont il avait été l'objet, et désapprouvant les attaques violentes dirigées par son ami dans la Dramaturgie de Hambourg. Gela n'est -il pas concluant, quoiqu'on semble attribuer sa mansuétude à l'esprit a français » de ce Français de Louvain* ?
Voltaire, s'il n'avait pas été sans reproches dans cette affaire des bons saxons, expia largement ses fautes par les angoisses et les humiliations qu'elles lui attirèrent. 11 prétend, et c'est tout simple, que le juif n'était que le prête-nom des envieux et des ennemis que lui avait mérité l'amitié du maître, et qu'il était la victime d'un complot dont naturellement le but était de le faire chasser ignominieusement de Berlin. Tout en restreignant singulièrement l'accusation, nous croyons aux ennemis, nous croyons à leur bonne volonté de le perdre, et, partant, à ces manœuvres, à ces insinuations déguisées de courtisans qui n'attendent pas pour frapper l'adversaire, qu'il se soit relevé. Le moment était favorable, car Frédéric était outré. Il savait à quoi s'en tenir sur la moralité du juif; mais il avait peine à
1. Richier passa au service du prince Henri, à titre de bibliothécaire et conseiller des ordres (secrétaire des commandements); on le trouve, en 1768, en commori'e suivi avec Lessing et les amis les plus intimes de celui-ci à Berlin, Nico'aï el 'MendeUsohn. Lessing, Sein Lebetiund Seine Werlie{[ier\\n, 1864). p. 105 — Diendonné Thiébault, Souvenirs àâ vingi ans de séjour à Berlin (bVdol^ \^^^V^*^>'^»*^'^^'»