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i74 LE MARQUISAT.
être oublié de toute la terre, à rondition de vivre dans la pensée et le cœur de son auguste arai.
Vous m'avoz mande que je pouvais, avec la permi-^sion du roi, aller m'élablir dans cette solit'ule. Il n'y a qu'une seule chose que je demanderai à votre amitié, c'est d'envoyer un laquais chez la concierge du marquis de Menton. Ce n'est pas vraiment dans le corps du logis du jardin, sur la rivière, que je veux demeurer; c'est dans le poulailler. Il ne s'agit que de savoir s'il y a une chambre à ( heminée,et une avec un poêle ; s'il y avait de quoi me faire rôtir une oie et de quoi mettre de la viande dans un pot : le concierge me ferM de bon potage. J'ai un peu (le vaisselle d'argent, un peu de linge, des tables, des fauteuils, et des liis; avec cela on |)eut se meUre dans sa chailreuse. M. de Federsdoif pourra bicM m'envoyer un carrosse pour venir à Putsdam; d'ailleurs j'aurai dans peu quatre chevaux... Je serai aux ordres du roi, s'il veut quelque fois d'un homme qui ne s'est expatrié que pour lui; et si la maladie cruelle qui me ronge ne me permet pas des soupers, elle me pourra permettre de le voir et de l'entendre dans les moments où il voudra continuer à me confier les fruits de cette raison qu'il habille des livrées de l'imagination. PuiS(]u'il est leSalomon du Nord, il.est juste qu'on passe par dessus les neiges pour l'aller entendre ^
Voltaire se trouvait établi au Marquisat, vers le sept ou le huit de mars. Son déménagement fut effectué par les mulets et les chevaux royaux qui transportèrent ses meubles ce de passade » dans ce gîte également de passade, à quelques pas de Potsdam, mais encore trop éloigné pour que pareille retraite pût être longtemps du goût de tous les deux. Au reste, Frédéric, qui n'attendait que l'issue du procès avec Hirsch pour reprendre un commerce intime auquel il tenait encore plus que le poëtô, lui avait conservé son appartement au
L VoJlâJre, OEuvres complètes (Beuchot], l. LV, p. 554. Lettre Voltaire à Oargel; à Berlin, ce ao jauVvw,km\t\\]L\\,\'V^V,
baitêib: b£ six jumeaux. 17S
château ; et, tout malingre, tout mourant qn'il se dit, rauteiir de Mahomet^ y couchait la majeure partie de la tiemaiiie. Il retrouvait H}irè> un trop lon^ exil, À la table du prince^ le> Atgarutti, It^ Maupertuis» et ^ mêlait au petit cercle, tenant son ventre à doux mains^ souffrant, travaillant, soupant, espérant toujours un kodemain moins tourmenté de maux dejfilrailleâ V Frédéric semblait avoir oublié $es griefs; il ne pouvait d'ailleurs de pa^^sor des avis, des corix^ctions et dc;^ ap* plaudissemeittd du si*litaire du Marquisat, auquel, A Toccasion, il dépêchait de petits billeU, comme celui qui suit, pour le couvit-r à de mystérieuses soleuuiiés« « Je viens d'accoucher de six jumeaux qui dom.iudent d^étre baptirés, au nom d Apoilon, aux Oiiux d'ilippo^ crèoe. La Henriade est priée pour manviine; vou^ aurez la bunté de Tamener ce soir^ à cinq heun^s, dans lappartement du père. Darget-Luciue a'y tri>u» Yera,et Timagination de V Homme machine tiendra Ick nouveaux-nés sur les fonds ^. )> Ce^ six jumeaux étaient les six chants du poëme de YAri de Inguerre^ que Frédéric venait de terminer, et dont l.i cout^i^cril' lion devait se faire en présence de ses deux lecteur», Darget et La Mettrie.
A l'en croire. Voltaire serait l'homme le pluH libre, le plus fortuné, s'il avait une santé '. Frédéric et lui
1. Voltaire, OEuvret eomplétei (Reuotiof), t. LV. p. 5D). lintirM de VoIUire à D'Argenlal ; h PoUdam, Ifl '27 avril 17M.
2. Ibid., t. LV, p. 590. Lfitirc dfl Fr^tl^rlc h Vollnlri*. l/«ul»nir de Mérope répondait à celte invitation par IrolM Mlonm'H, ipii ont MA recueillieg, OEuvren complètes (Beuntioi), t. Xit, p. 6:i2.
3. lbid.,i. LV, p. 507. Lettre de Voltaire à Devauxj à PotudAmi le 8 mai Î7S1»
i76 ENCHANTEMENTS PLUS OU MOINS SINCÈRES.
étaient faits l'un pour Tautre. Comment en eût-il été autrement? Tant de rapports, d'analogies les unissaient! c< Sire, vous avez des crampes, et moi aussi; vous aimez la solitude, et moi aussi; vous faites des vers et de la prose, et moi aussi ; vous prenez médecine, et moi aussi : de là je conclus que j'étais fait pour mourir aux pieds de Votre Majesté K » Il se doutait bien que l'histoire du Juif était parvenue jusqu'à Paris, revue et commentée par la malveillance et la haine; il savait que le bruit de sa disgrâce avait également circulé, et son plus grand souci était qu'on le crût des mieux en cour auprès de celui pour lequel il avait quitté patrie, famille, amis. Aussi n'écrit-il point en France, qu'il n'insiste sur une félicité qui lui semble un rêve. C'est une allégresse, ce sont des hymnes de reconnaissance dont l'exagération devait être suspecte, ce Personne n'est logé dans son palais plus commodément que moi; je suis servi par ses cuisiniers, j'ai une reine à droite, une reine à gauche, et je les vois très-rarement ; Louis XIV h la préférence. Point de gêne, point de devoir. Il faut que vous disiez cela, mon cher et respectable ami, afin que la bonne compagnie m'excuse, que les méchants soient un peu punis et que l'on sache comment nos belles lettres sont accueillies par un si grand monarque ^. » Deux mois après, il mandait à madame du Deffand « J'ai choisi heureusement une assez agréable retraite ; mon pâté d'anguille ne
1 . Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot), t. LV, p, 599. LeUre de Voltaire à Frédéric.
2. Ibid., t. LV, p. 601. Lettre de Voltaire à d'ArgenUl ; Potsdam, le 29 mai 1751.
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Lfc iiL Dt c«tfc3B ifdtrf « compiviicIrtiU hwIm», **^ * '••v D€- c8\ar aitt ces âétaik no poiiv^ii^it ^U^ A'/^^/ îer^mt poic madame du DofTand, ft I/mj<m>,U Yv^y'* çu: JE CDiumksail bien^ écrivait Anu% wm iU'''V » t**»^ rksurt : * Conî«TTez-vou8, ri« wnui^^i y/*^* •*'> ' EieTj qu'il vante les déliccH lUt V'A^U^^ ♦'* vA»yyr-' d'un roi « qui a gagné cinq bi^iwil*'', >► •* K^-^ ' ' pa5 tout à fait aussi libr«, iMi»*^ i^4**'^i*i«**' "" '' 'pourvu de soucis qu'il Ih j/;v;i4»¥^ } ' "• ■" ' ' au^5i, et le fond de U ^/^v^ *'*'^ y" " ^ exempt d'amertume* !>; 4^^***" V >^^-''^' /^ l'a rendu à lui même^ *^ > *^- y*'>'''^ // - ' dernière main à Kon A'^^ ?> »^'' distrait d'appréhefi'/r»' V"^ ''• qui gâtent le Wjî^^'v* v^»->''' v - '• '^
de France ne '/ 'i-' * Kî/'>rf'i« >^' / ' , . .
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