‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 129 sur 342 · M. D'HAMON · texte numérisé non relu

M. D'HAMON

YoisÎDage, où elle viendrait vivre avec Voncle. « Cet oncle me tracasse toujours; il m'avait promis d'être ici au mois de septembre, et il me parle actuellement du mois de janvier. Je me fâche tout de bon, et M. de Richelieu se met de la partiel» C'était, comme on le voit, tout un complot de ses amis pour rappeler au bercail cette brebis égarée.

Malgré l'absence de l'auteur de Zaïre^ l'hôtel de la rue Traversière était fort hanté ; on s'y amusait, on y jouait la comédie, on y faisait bonne chère, et Voltaire ne le trouvait pas mauvais, quoique dise Longchamp. Il adressait même à sa nièce tous les étrangers de marque qui se rendaient à Paris, ambassadeurs, grands seigneurs, savants, lui recommandant de les héberger de son mieux, ce qu'elle ne manquait pas de faire, avec un zèle parfois gênant pour celui qui en était l'objet. M. d'Hamon, envoyé de Prusse^, fêté, choyé par elle avec plus de bonne volonté que de discrétion, se fût vite fatigué d'attentions auxquelles le charitable Longchamp attribue une arrière -pensée tout à fait menaçante : a M. D'Amont l'accompagnait aux spectacles, aux promenades. Elle lui donnait chaque jour quelques nouveaux convives, et c'étaient des gens choisis. Il y avait dans le nombre des hommes

1. Gharavay aîné, V Amateur d*autographes (1^^ décembre 1864), d'année, p. 364. Lettre de madame Denis à Cideville ; 31 juillet 1751.

2. Voltaire avait donné des lettres pour ses amis et ses relations de Paris à l'envoyé de Prusse, qu'il appdait « son camarade en cham* bellanie ; » il est souvent question de lui dans sa correspondance de ce temps. Voir les Oeuvres complètes (lieuchol), t. LV, p. 526, 537, 542, 553, 57b, 609. — Gazette d'Utrecht, du vendredi 5 février 1761 (n«XI).

LIS POUIJLKBIS 1» FâUS. Ili

de lettres et des artistes dîsthigiiés. Le soir, H y wnSU quelquefois un petit coocert dans lequel elle chantût en s'accompagoant au davedn. H est très-prolnbk que madame Denis aTait imaginé que le ritimhrilan prussien était le seul caj^Ue de lui Ciiie oublier le marquis génois, et quelle n^aniait rien peidn an change.si elle panrenait à s^en faire un couitisui »sidu. Il est yrai que c^êtait aussi un jeune hoanne aimable et bien fait; mais les gens du Noid sont plus flegmatiques et plus froids que ceux du Midi; ils ne s'émeuvent pas facilement*, b Toujours an dire de Longchamp, M. d'Hamon, pour échapper à des prè?enances dont il ne pouvait blâmer que Texcès, au bqpt "^ de quinze jours, allégua Tincommodité de ne point avoir tous ses gens sous sa main, et préféra Tinsuffisance de Thôtel garni à des civilités et des raffinements qui se transformaient en assujettissements. Il fallait que celle gêne fut grande, en effet, ou que les bontés de madame Denis Talarmassent fort pour le décider à sortir d'une maison dans laquelle il trouvait un abri sans bourse délier et où il était défrayé de tout; car M. l'Envoyé savait compter et ne devait pas être insensible aux avantages que lui offrait Fhospitalité de la rue Traversière. Son économie, sa ladrerie étaient telles, qu'elles allaient jusqu'à compromettre le gouvernement qu'il représentait et qu'elles nécessitèrent son rappel, ce On vante tant les poulardes de Paris, disait-il un jour au roi ; je vous jure, sire, que pendant mon

1 . Longchamp et Wagtiière, Mémoire» èur YoU t. U, p. 306, 307.

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