BILLETS TENDUES
qu'un automate qui vivra, je ne dirai pas quand il plaira à Dieu, mais quand il vous plaira*.» Il l'appelle sa « chère petite maman , » et aussi « charmante mimi, » et finit sa lettre par lui souhaiter un bon estomac, d'excellentes digestions, de bons et longs soupers; toutes choses qui, au dix-huitième siècle, marchaient de pair avec Tamour. A ce poulet des plus tendres, la sensible madame Denis répondait de même encre, et, comme lui, en prose et en vers :
Votre lettre est charmante et malgré toute l'indiférence que vous me reprochez elle m'a fait un plaisir extrême, non-seulement je ne veux pas que vous mouriez pour me donner du plaisir, mais moi, je meure d'envie de vous voir et suis tout à fait fâchée de n'être point à Paris, je travaille fort peu et ne vois point ici les gens que j'aime. Le plan de ma comédie est fait à demeure et environ quatre vingt vers. C'est bien peu mais je n'ai pas un cardeure à moi eccepté le tems que je prans sur lûon someile. Gela me désespère. Sans le Sopha^ il y a quatre jours que je vous aurois écrit mais deux femmes qui ne l'a voient jamais lu me lont volé et ne font que de me le rendre. Votre jalousie me divertit. Je suis ici avec deux tentes trois cousines un oncle qui n'est pas le véritable, un frère, une sœure et un beau-frère et trois cousines. 11 est plaisant qu'elle trouve à mordre sur de pareils sujets. Montigni ^ est venu passer deux jours
1. Etienne Charavay, VÀmateur d'autographes (Paris, 18G9), 8° année (1er et 15 juin 1809), p. 173, 174. Lettre d'Arnaud à madame Denis. Cette letlre est sans date; mais comme il est question du séjour ù Paris de d'Argens dans la réponse de madame Denis, l'hésitution n'est pas possible. Le marquis était arrivé à Paris le 12 août 1747, et s'y trouvait encore en novembre, comme nous l'apprend sa correspondance avec le roi de Prusse. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss), t. XIX, p. 17 el 33. Il élail ctescendu à Vllôlel de Strasbourg, rue du Sépulcre , faubourg Saint-Germain,