ÉCHANTILLON POÉTIQUE
ici, mais je n'ai pas eu en conscience la plus petite envie de lui plaire. Je ne connois plus que le plaisir de vous voir et de travailler.
Oui les muses feront le charme de ma vie Je le scens je me livre à leurs divins transports Amour je te fuirai, mais s'il lui prent envie De me donner des fers de braver les efforts D'un cœur qui se deffent contre sa tiranie Qu'il choisisse ses traits ou je ne puis aimer Il peut sur le vulgaire à son gré s'essaier Enchaîner la eonstance avec la perfidie Le mensonge et la fraude avec la vt^rité Je brave sa puissance et craint peu sa furie Non, mon cœur ne poura se donner qu'au génie Et je scens que c'est vous qui l'avez enchanté.
Pardonez moi si j'écris de mauvais vers alexandrins dans une lettre mais comme je travaille continuelement à ma comédie je veux pendant quelque temps m'accoutumer à faire des vers de la même mesure affin de me fortiGer et de ne point déranger mon petit serveau féminin.
Mon frère * a fait ici un sermon il doit le prêcher le jour de la Tousaint cela nous divertira. A propos de sermon, comment va votre tragédie *. Si vous n'y travaillez pas je croirai que vous ne m'aimez plus du tout. Écrivez-moi sçavez vous qu'il y aura du comique dans ma comédie Dieu veuile que je fasëe rire, pourvu que ce ne soit pas à mes dépens, avez vous fait, quel qu'arrangemens avec vos libraires vous scavez combien je m'intéresse a tout ce qui vous touche. Le marquis d'Argences est il à Paris. Je voudrois bien y être moi, mais je me trouve obligée de soutenir la gageure parceque je suis ici au milieu de ma famille adieu, écrivez moi et contez sur ma plus tendre amitié'..
1. Alexandre-Jean, celui qui fut abbé de Seellières, et transportera à son abbaye les restes du patriarche de Ferney.
2. La Saint-Barthélémy, Quant à madame Denis, c'est de la Coquette punie dont elle veut parler.
3. Charavay aîné, Catalogue d* autographes (cabinet de M. Dtirner), du mercredi 8 décembre 1869, p. 2, n° 4. Lettre de madame Denis à d'Arnaud; 16 octobre.
iS6 LE MARQUIS DE XTMENÈS.
Celte lettre n'est pas décourageante , et, bien que, dans un autre poulet, elle lui dise : « Je vous aime de tout mon cœur mais je ne veux pas avoir d'amant *, » nous n'oserions assurer que l'éloquent Baculard ne fût venu à bout des scrupules de madame Denis. Les deux amants craignaient-ils que le poëte ne se doutât de quelque chose, et d'Arnaud, tout le premier, éprouvait-il quelque gêne à se trouver chez sa maltresse en présence de l'oncle? « J'ai bien de la peine à croire, mon cœur, lui écrivait celle-ci , que Voltaire vienne souper ce soir ici; il sera enguagé avec cette femme (madame du Châtelet) , mais je ne peut pas me dispencer de le lui proposer le marquis d'Argences y venant, qui est son ami. Adieu : je sans, si Dieu ne m'aide, que je vous aimerai à la folie. »
Présentement, nous la voyons entêtée du marquis de Ximenès (le marquis de Chimenès, comme l'appelle Voltaire), un original, dont l'existence, ainsi que celle de sdn ami, le comte de Lauraguais, s'est prolongée jusqu'en pleine Restauration. C'était, avant tout, un écervelé, un inconsistant, entassant folie sur folie, affectant l'étrangeté des idées et préférant être absurde que ressembler à tout le monde. M. d'Autrep disait de lui : (c C'est un homme qui aime mieux la pluie que le beau temps, et qui, entendant chanter le rossignol, dit : Ah! la vilaine bête^! » Ses débuts promettaient au moins un brillant officier; et, dans une note du Poëme
1. Charavayaîné, Catalogne d'autographes (cabinet deM. Durner), du mercredi 8 décembre 1869, p. 2, n° 4. Lettre de madame Denis à d'Arnaud; ce vendredi, à 3 heures après midi.
2, ChamîorU OEuvres (Lecou, 1852), ç. 39.