‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 134 sur 342 · Madame Vigée-Lebrun , Souvenirs (Charpentier, 186] p · texte numérisé non relu

Madame Vigée-Lebrun , Souvenirs (Charpentier, 186] p

inO DÉBUTS DE LEKAIN. •

ne lui crois point d'entrailles. Il ne m'a point ému dans ce rôle de Titus, qui n'est pas un rôle des moins vifs et des moins pathétiques qui soient au théâtre. Il m'a laissé froid, donc il a tort; et ce sont de ces sortes de torts dont on ne revient point... » Lekain en revint pourtant, et Collé est bien forcé de modifier son premier arrêt; il est vrai qu'il fera plus d'une réserve. « Mais jamais ce monstre à voix humaine ne m'a remué que désagréablement; il ne me paroissoit placé que dans les rôles où il faut être horrible, comme dans l'orphelin dé la Chine. » Quoi qu'il en soit, Lekain, qui n'avait rencontré que de la bienveillance jusque-là, trouva un accueil bien différent auprès du public et de quelques uns de ses camarades, d'une femme surtout, connue cependant pour la générosité et l'élévation de ses sentiments. « Le Théâtre-François, nous dit-il, me fut interdit depuis le il novembre de cette année (1750) jusqu^au 21 février de l'année suivante, par la caballe infâme de mademoiselle Clairon qui avoit menacé la cour et la ville de sa retraite, si l'on ne me congédioit ; cependant un petit nombre de femmes puissantes, quoiqu'honnêtes, eut tellement pitié de mon malheureux sort, que, malgré les menaces et les cris injurieux de mon adversaire, M. le duo de Gesvres me donna un ordre pour débuter une seconde fois à la ville et à la cour K » Et il s'efforçait, depuis huit mois, d'apprivoiser son auditoire, quand il fut chargé du rôle de Seïde. Mieux eût valu sans doute lui confier celui de Mahomet qu'il avait joué trois fois

1. Bibliothèque impériale. Manuscrits. F. R. 12532. Journal de ', t. J, p. 5.

ESSAÎS D'INTIMIDATION. <9I

sur le théâtre de la rue Traversière et sur le théâtre du prince de Conti, au Temple; mais les chefs d'emploi n'étaient pas gens à se dessaisir, et La Noue n'eût pas cédé de bonne grâce un rôle dans lequel il s'était en quelque sorte incarné. L'auteur de Dupuis et Desronais^ qui a consacré un long passage à la pièce, ne nous dit rien de l'interprète; mais ce silence est à l'avantage de Lekain, qui impressionna vivement la salle entière par la force de son jeu, et aida puis*samment au succès de- ce drame terrible.

Revenons au poëte. Les circonstances n'étaient-elles pas des plus propices pour un retour? Dans son désir de reconquérir Voltaire, d'Argental use de tous les moyens de persuasion ,voire d'intimidation . C'estau nom des intérets de sa gloire qu'il l'adjure de rompre avec la coquette de Potsdam et de Sans-Souci, qui ne saurait lui tenir lieu de tout ce qu'il lui a sacrifié. Qui veillera aux répétitions de cette Borne sauvée^ l'objet des prédilections du poëte? Qui prendra sur soi d'indiquer la note aux comédiens, de se substituer à la pensée, aux intentions de l'auteur? « Il est impossible de la donner sans vous; il y a une perfection à mettre à la pièce que vous n'apercevrez que quand vous verrez les choses de plus près; et les acteurs no sauraient la bien jouer sans vos avis. Vous rendrez les bons excellents, et les médiocres supportables. 11 est sûr que, réflexions faites, nous ne nous chargerons jamais, vous absent, de donner un ouvrage dont le succès sans vous peut être incertain, qui est assuré lorsque vous y serez... » Mais les coquetteries, les câlineries avaient repris de plus belle entre J'auteur de la Henriade el\e SaloiûondA

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