ÎIO MOT DE FONTENELLE
circonstances qu'on doit s'en prendre. Cette partie de l'ouvrage eùtélé plus détaillée, plus ample, si Tauleur se fût trouvé à Paris. « C'était mon principal objet, dit-il ; mais que puis-je à Berlin *? »
Quand Texistence de cette liste fut connue dans Paris, on se préoccupa, on s'inquiéta de la façon dont étaient habillés les morts de la veille et peut- être aussi les vivants. Peu d'exemplaires avaient dû pénétrer, et les privilégiés ne les communiquaient qu'avec réserve. Fontenelle, qui n'était pas de ces derniers, s'informa comment M. de Voltaire l'avait traité. L'ami auquel il s'adressait lui répondit, qu'à tout prendre, l'article était favorable ; qu'il y avait pourtant quelques restrictions aux éloges ; qu'au reste, il était le seul homme vivant que l'auteur eût mis dans ce catalogue : c( Cela me suffit, interrompit M. de Fontenelle, et quelque chose qu'ait pu dire ensuite M. de Voltaire, je suis content^.))
L'ouvrage émerveilla les contemporains qui n'avaient, il est vrai, à lui opposer que le père de Limiers, La Martinière et Larrei. L'aîné des d'Argenson, particulièrement, est dans le ravissement, a Oh ! le Uvre admirable ! que d'esprit et de génie ! quel choix de grandes choses ! Que cela est vu de haut et en grand! quel style noble et élevé ! Peu de fautes, et beaucoup de grandes vérités.
1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 5. Lettre de Voltaire au prÔHidint Héoault; à Berlin, le 8 janvier 1752.
2. Almanach littéraire ou Étrennes d'Apollon (MU )y p. 89, 90. Foiiteneliiana. Faisons remarquer, toutefois, que Voltaire ne parle pas de Fontenelle dans l*édilion de Berlin (Henninp:, 1752], et que ce n'est que dans la seconde, donnée à Leipsick, également en 1702, que flgare pour la première fois TaUteur de la Pluralité des Mondes»
OPINION DE CHESTERPIELD. 2H
Voltaire sait tout, parle de tout en expert *. » Veut-on le jugement d'un homme de goût, d'un esprit éclairé et distingué, d'un Anglais illustre, d'ailleurs sympathique à la France, la pairie qu'il eût adoptée s'il nous était donné de choisir notre berceau?
Voltaire, ëcrivait lord Chesterfied à son fils, m'a envoyé de Berlin son histoire du Siècle de Louis XIV, elle est arrivée à propos; m} lord Bolingbroke m'avoit justement appris comment on doit lire l'histoire. Voltaire me fait voir comment on doit récrire... C'est l'histoire de l'esprit humain, écrite par un homme de ^énie pour 1 usage des gens d'esprit... Il me dit tout ce que je souhaite de savoir, et rien déplus; ses réflexions sont courtes, justes, et en produisent d'autres dans ses lecteurs. Exempt de préjugés religieux, philosophiques, politiques, et nationaux plus qu'aucun historien que j'aye jamais lu, il rapporte tous les faits avec autant de vérité et d'impartialité que les bienséances, qu'on doit toujours observer, le lui permettent... Il y a deux affectations puériles, dont je souhaiterois que ce livre eût été exempt : l'une est une subversion totale de l'orthographe françoise anciennement établie; l'autre est qu'il n'y a pas une seule lettre capitale dans tout le livre, excepté au commencement d'un paragraphe. Je vois avec déplaigir Rome, Paris, la France, Caesar, Henri IV, etc., en lettre» minuscules, et je ne conçois pas qu'il y ait aucune raison de retrancher de ces mots les capitales, malgré un long usage. C'est une affectation au-dessous de Voltaire*....
Cette absence de capitales caractérise fâcheusement, en effet, Védition de Berlin, et le spirituel Anglais n'a pas tort d'être choqué d'une bizarrerie que rien ne légitime, et qui ne se retrouve dans aucun autre ouvrage du poëte, auquel nous ne saurions nous ré-