LAURENT ANGLIVIBL DE LA BEAUMELLE
complètement oublié que ses œuvres sont à l'heure qu'il est introuvables; il eût sorti d'embarras les gens à scrupules qui, tout en applaudissant intérieurement au côté pratique de la réforme, s'obstinaient à maintenir l'ancienne orthographe, en haine de l'abominable auteur de tant de livres abominables*.
Hélas! le succès s'afGrmaità peine, que Voltaire et son Siècle étaient l'un et l'autre atteints par un de ces brigandages littéraires, inouïs jusque là, dont l'impudence était bien faite pour exalter un tempérament plus flegmatique que celui de l'historien de Louis XIV. Mais, avant d'entrer dans le détail des procédés de La Beaumelle, il est indispensable de raconter ce qu'était La Beaumelle, d'où il venait, ce qu'il songeait faire à Berlin, et comment s'attisa, entre deux hommes également violents, une haine que la mort seule pourra désormais éteindre.
Laurent Angliviel (Voltaire s'amusait à l'appeler Langlevieux) de La Beaumelle^ était né à Valleraugue (Gard), le 28 janvier 1726, d'une famille appartenant à la bourgeoisie protestante. Son enfance
1. On vit les religieuses de Sainte-Marie d'En-Haut, de Grenoble, dont le pensionnat était fréquenté par les jeunes filles des meilleures familles, s'acharner, en pleine Restauration , contre un changement consacré depuis plus de soixanle^lix ans, parce qu'il avait été introduit dans l'orihographe par Vinfûme Vollaîre, Nous devons ce renseignement à un magistrat distingué, qui, dans sa jeunesse, était fort au courant de ce qui se passait dans cette patrie de Gondillac, de Mably et de Barnave.
2. Ce nom n'était pas le sien. C'était le nom qu'un de ses oncles maternels avait adopté pour se distinguer des autres personnes de sa famille. Michel Nicolas, Notice sur la vie et les écrits de Laureni Angliviel de La Beaumelle (Paris, Cherbuliez, 1862}, p. 3. -à