‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 150 sur 342 · LE COLLÈGE B'ALAIS · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE B'ALAIS

et sa jeunesse fussent demeurées obscures, sans Voltaire, qui nous donne sur ses commencenaents et sur sa \ie de collège les renseignements les plus curieui, (nous nous garderons bien de dire les plus authentiques), dans une addition au mot Quisquis du Dictionnaire philosophique, recueillie par Decroix, mais que Voltaire, pour une cause ou pour une autre , garda dans ses papiers sans la publier.

Feu M. d'Avëjan, évoque d*Alais, y fonda un collège de vingt cinq bourses pour \ingt cinq jeunes gens, (ils de père ou de mère protestants, afin de les faire élever dans la religion catholique. N... Angliviel a été de ce nombre. Il était fils d'un soldat irlandais qui s'était marié à Valrogues (lisez : Valieraugue), gros bourg du diocèse d'Alais avec une protestante: et voilà pourquoi son fils, qu'il avait laissé orphelin en bas âge, fut du nombre de ces vingt cinq, M. l'évoque ne voulant pas lui laisser sucer avec le lait les erreurs de sa mère. Il fit de bonnes études dans ce collège alors très-bien composé. Il se distingua par quelques prix qu'il eut, et plus encore par de petites friponneries. M. Puech en était alors principal. C'était de son nom qu'étaient signées les petites marques de distinction qu'on donne aux écoliers et qu'on appelle exemptions. M. Puech en avait signé à la fois plusieurs mains; la feuille en contenait soixante-quatre ; le sieur Angliviel en vola quelques mains, et les vendit aux écoliers à deux ou trois sous la pièce. Ces mains de papier étant épuisées, et ce commerce étant très-lucratif, ledit sieur en vola d'autres ou les acheta chez l'imprimeur. La signature de M. Puech y manquait; ce ne fut pas un obstacle ; elle fut si parfaitement imitée que M. Puech lui-même y fut trompé, et le trafic alla son train. Cette adresse inspira de nouvelles idées audit Angliviel. Il se servit de cette signature pour avoir chez le nommé Portalier, pâtissier, de quoi déjeuner avec friandise durant un certain temps. Cela fut enfin découvert, et Angliviel qui venait de finir sa rhétorique^ fut chassé honteusement du collège, quoiqu'il dût y rester encore deux ans. C'était en 1744 ou 1745^ je ne peux assigner l'époque précise. Alors Angliviel fit entendre à sa mère protestante, que c'était parce qu'il avait

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