NOMBREUX TÉMOIGNAGES
Villars, qui aimait à raconter ses campagnes et ses négociations, et accueillait les questions avec une rare bonne grâce. Voltaire, du reste, demande des mémoires à quiconque a joué un rôle ou assisté d'un peu près aux événements; les archives des familles lui sont ouvertes, le volumineux journal de Dangeau, le manuscrit de Torci lui sont confiés ; il compulse, dépouille les pièces, les dépêches que recelaient le Dépôt de la guerre, se plonge dans ce travail ingrat, jusqu'à en oublier ses tragédies. Mais c'est ce que savent les gens du métier, à même de constater par leurs propres lectures les recherches et les trouvailles de cet esprit studieux, investigateur, s'il est vif et pétillant comme le salpêtre. Roberston se plait à le reconnaître, tout en regrettant qu'il ait négligé ou dédaigné d'indiquer ses sources, a II m'aurait épargné une grande partie de mon travail, et plusieurs de ses lecteurs, qui ne le regardent que comme un écrivain agréable et intéressant, verraient encore en lui un historien savant et profonde » Blair, un critique anglais, ne lui rend pas moins justice. Sénac de Meilhan, homme d'esprit, homme du monde, mais très-versé dans l'étude de notre histoire, déclare que l'examen le plus attentif lui a prouvé que les erreurs chez Voltaire étaient en petit nombre^. « Ce que V Essai sur les mœurs renferme d'études est immense, dit à son tour un écrivain moderne dont on ne contestera pas la compétence;
1. Palîssot, Le génie de Voltaire apprécié dans tous ses ouvrages (Paris, 180fi), p. 37.
2. Sénac de Meilhan, Le Gouvernement, les mœurs et les conditions en France avant /a 7l^t;o/«/io« (Poulel-Malassid), p. 298, 299,
VOLTAIRE REMONTE AUX SOURCES. !È8d
il est peu de livres où se trouvent moins d'erreurs de dates et de faits , et, sans érudition affectée, Voltaire remonte souvent aux sources les plus sures ^ p II n'est pas jusqu'à Tassez médiocre Bistoire du Parlement qui n'étonne, de temps à autre, ceu< môme qui ne dou» talent point de sa conscience d'historien'.
i . Villemaîn , Tableau de la Littérature au dix-.buitièrne siècle (Paris, Didier, 1852), t. H, p; 42, 46, 47. Toutes ces autorités font plus qu'infirmer l^aneedote suivante, rapportée par une femme d'esprit qui, nous avons eu déjà occasion ^e le constater, ne raconte qu^ pour tirer d'un fait sa conséquence ingénieuse ou morale , et tombe précisément dans le défaut qu'elle attribue à l'auteur du Siècle dp Louis XIV, « M. de Voltaire f^voit écrit un morcefiu 4*hiâto|rP qui exigeoit une grande exactitude dans les époques; il pria M. Mallet, très-habile chronologiste, de remplir les dates qui étoient restées en blanc : ce travail étoit long. Au bout de quatre jo^r8, M. Mallet fut surpris de voir l'ouvrage imprlwé. Voltaire lyi dit : La fidélité de| époques ne fait rien au lecteur; je les ai mises au hasard. Il n'avoit pu supporter de différer l'impression ; il falloit qu'il jouît, à l'instanf n)éme, 4e ^es ouvrage^. » Mélattget eqpffqifs 4^9 nfaftuipriM 4^ f^ifit dame Neçker (Paris, Pougens, 1798], t. 111, p, 144f
2. Nous eu citerons deux preuves bien significatives que nous devons à M. Berfiat Saint «Prix, qui les a tout récemment pqr bliéesd^QS sop reinarquable tr^ivail, Des Trib^^pux ef ^e la Praeéduru du grand criminel au dix-fiuitième siècle (Paris, Aubry, 1859), p. 124, 125. 11 s'agit d'un fait considérable, quoique bien rare, l'interventloD du soqyerain statuant seul etprpnonç^nt la peine p^pf? taie : Henri IV notamment ordonnant quele frère Jehan Leroy, jacobin, fût jeté à l'eau dans un sac pour crime d'assassinat sur la personne du capitaine Héricourt; et le corps de Jacques Clément tiré à quatre chevaux, brûlé et ses cendres jetées à \a, riv|ère, Npns savons rnaipi« tenant où Voltaire est allé puiser ces deux apecdotes à coup sûr importantes qu'il rapporte dans son Histoire du Parlement etdansl'^s^ai sur les mœurs (t. XVllI, p. 117 ; — t. XXII, p. 152), et qu'il copie presque intégralement ; c'est dans le Recueil d'ordonnances des rois de France f Charles IX, Henry llï^ Henry IV ^ Louis XI II et Louis XlVf depuis le 24 décembre 1567 jusqu^au 9 août 1647, manuscrit petit in-folio, longtemps enfouf au greffe de Versailles, et maintenant rendu aux Archives de l'Empire, sa véritable place. Pour avoir déniché de pareils faits dans un ensemble de celte nature, d^ailleurs peoo