LE PRÉJUGÉ DU VENDREDI
Texcuserait-on sans trop de difficulté chez d'Argens, si c'eût été là son unique travers. Mais il avait louleg les superstitions étroites , toutes les pusillanimités du peuple. La rencontre imprévue d'une troupe de pourceaux, Taspect seul de gens vêtus de noir lui donnaient le frisson; on ne Teùt pas fait asseoir pour des trésors à une table où il y aurait eu treize convives, et il n'eût rien entrepris d'important et de perronnel un vendredi.
Je Tai vu à un repas oîi j*ëtai<( à côté de lui, raconte Thiébault, prendre mon couteau et ma fourchelle, qui par hasard étaient croî*^, et les remettre sur des ligne.H parallèle.^; et comme je lui témoignais ma surprise de lui voir prendre ce soin, me dire : « Je sais bien que cela n'y fait rien, mais ils seront aussi bien comme je les place, » Sa nièce, madame de la Canorgue, m'a raconté que, dans le temps nu*il travaillait à son long ouvrage sur VEfprit humain, il lui arriva un soir de he trouver si bien disposé et si heureusement inspiré, qu'il ne fut pas possible de lai faire quitter son bureau avant minuit; et qu'il vint souper trèscontent de lui-même, et fort gai, quoique son gigot se fût desséché devant le feu à l'attendre; mais que s'étant rappelé, en se mettant à table, que c'était le premier vendredi du mois, il était allé à l'instant même jeter au feu tout ce qu'il avait écrit dans la journée.
Cela eût prêté à rire dans rtiomnoe le plus simple. Chez l'auteur des Lettres juives et de la Philosophie du bon sens, ces petitesses, ces pratiques ridicules, ces inconcevables folies étaient si étranges, si peu d'accord avec un scepticisme devant lequel bien peu de croyances trouvaient grâce, que l'indulgence n'eût pas paru obligatoire , sans la parfaite bonhomie et la complète candeur du philosophe. Heureusement, dans le milieu où il vivait, il n'avait a£Eiire qu*à