‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 19 sur 342 · ESPIÈGLERIE DU PRINCE GUILLAUME · texte numérisé non relu

ESPIÈGLERIE DU PRINCE GUILLAUME

gens de son église, qui étaient plus intéressés à cacher qu'à relever ces inconséquences. Mais l'unité du foi ne le sauvait pas toujours des railleries qu'il fallait bien supporter, parce qu'elles venaient de haut, et que d'ailleurs elles étaient méritées.

Le jeune prince Guillaume de Brunswick, ajoute Thiébault, en me parlant du silence respectueux dans lequel il se renfermait à la table du roi, son oncle, me disait que, seulement lorsque la conversation paraissait languir, il avait soin de pousser quelque plat devant celui des convives qui semblait vouloir en prendre, mais de le pousser de manière à renverser une salière; sur quoi le roi ne manquait pas de s'écrier: « Ah! mon neveu, qu'avez -vous fait? Prenez garde que le marquis ne s'en aperçoive! Eh! vite, vite! jetez une pincée de sel au feu! jetez-en une autre par-dessus votre épaule gauche, maison riant. » Et voilà comment, me disait ce jeune prince, il ranime la conversation pour au moins un quart d'heure ^

Cet antagonisme entre les préjugés invétérés de l'éducation et un esprit d'examen et de négation, qui prétendait ne rien laisser debout de ce qui ne satisfaisait point la raison pure, n'est pas un phénomène sans analogie à cette époque, et le marquis n'est pas le seul exemple, à la cour même de Frédéric, de cette flagrante inconséquence entre les habitudes et les principes. Dans un voyage où il avait Maupertuis pour compagnon de lit, d'Argens aperçoit l'auteur de la Vénus physique se mettant à genoux et se préparant à dire ses prières du soir. « Maupertuis, que faites-vous? s'écrie-t-il. — Mon ami, nous sommes seuls, répondit le président de l'Académie de Berlin. » La Meltrie, La

t. Dinudonné Thiébault,. Souvenin de vingt ans de séjour à Berlin (Oidot, 1860):, 1. II, p. 3dO.

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