AGRÉMENTS DE MAUPERTUIS
l'affection du roi, à l'attente duquel, disons-le, il avait complètement répondu. L'Académie prospérait, cette Académie si méprisable et si méprisée sous le précédent règne, et c'était à ses soins, à son habileté, à ses relations qu'elle était redevable de sa nouvelle fortune. 11 avait su attirer à Berlin de tous les coins de l'Europe des savants qui, dujour au lendemain, la sortirent de tutelle et lui rendirent l'autorité que lui avait un instant acquise son fondateur Leibnitz et que lui avait fait perdre ensuite la sauvage monomanie d'un vandale. Les services étaient réels, et le roi, reconnaissant, lui témoignera jusqu'à la fin une considération sans limites. On a cru remarquer qu'il se mêlait rarement à l'intimité du prince, et on a prétendu que Frédéric appréciait plus sa valeur et ses actes qu'il ne goûtait sa personne et son esprit. A vrai dire, cette nuance nous échappe. Maupertuis était tout autre chose qu'un savant en m. Il avait ces qualités légères, cette brillante faconde qui font les concertistes de salon et pouvait, sans grands efforts, lutter de verve et de belle humeur avec d'Argens, Algarrotti et les autres.- Même après les excès et les répressions de VAkakia^ l'auteur de la Henriade dira du Platon de Saint-Malo au nez écrasé et aux visions cornues : « Il est né avec beaucoup d'esprit et avec des talents; mais l'excès seul de son amour-propre en a fait à la fin un homme très -ridicule et très-méchant ^ » Ne prenons de cela que ce certificat non suspect d'homme d[esprit, délivré à Maupertuis par son terrible adversaire.
1. Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot)i t. LVI, p. 413. LeUre de Voltaire à madame du Deffand \ Golmar, \ft % m%x% Vv\^K .