VOLTAIRE DOGMATISANT
A en croire Formey, l'esprit de Voltaire n'eût môme été rien auprès du sien. Nous dirons comme Trifisotio à Clitandre i le paradoxe est fort. <ic Je l'ai regardé, comme l'homme le plus spirituel que j'aie connu. Voltaire péroroit, dissertoit et vouloit être écouté; on aimoit d'abord à l'entendre , mais on s'en lassoit; au lieu que tout ce que disoit M. de Maupertuis partpit comme un éclair et en avoit le feu * . d Frédéric semblerait confirmer ce jugement, dans une lettre à sa sœur de Bayreuth : a Je le verrai quand tout sera fini (le procès de Voltaire avec Hirsch n'était pas encore jugé) ; mais à la longue, j'aime mieux vivre avec Mau» pertuis qu'avec lui. Son caractère est sûr, et il a plus le ton de la conversation que le poôte, qui, si vous y avez bien pris garde, dogmatise toujours ^. » Mais le roi de Prusse, très-décidé à ne plus le revoir dans la cas d'un arrêt défavorable, s'efforçait d'amoindrir le charme et la séduction de cet esprit unique, dont il ne se sentait que trop épris. Ce a si vous y avez bien pris garde » est des plus plaisants; le défaut qu'il semble avoir tout récemment déniché dans Voltaire est de nature pourtant h frapper dès la première minute, comme tout ce qui choque et blesse l'amour-propre ; et une découverte aussi tardive, faite en un moment de méchante humeur, est plus que suspecte. Bien de« années après, quand les ressentiments seront apaisés, le philosophe de Sans-Souci, sans qu'on le lui demande, dira au prince de Joigne que Voltaire avait un ton
1. Formey, Souvetiirs d'un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 181.
2. OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), U XXVII, p. 200, 201.