S CORDIALITÉ DES PREMIERS JOURS
de sourd antagonisme succédant aux rapports les plus amicaux. Lorsque Voltaire vint se fixer à Berlin, celui qui salua son arrivée avec le contentement le plus sincère, fut assurément Maupertuis. Sa vanité avait souffert de voir son nom rayé du discours de réception du poëte à TAcadémie ; mais, à Tentendre du moins, ce petit dégoût n'avait pas laissé de traces, et il écrivait en 1750, à un de ses amis : «Vous me connaissez bien mal, si vous pensez que j'ai encore sur le cœur Tinjustice que m'a faite V... en rayant mon nom dans son discours de réception. Nous vivons assez bien ensem* ble; c'est un homme qui fait des choses charmantes, avec autant de facilité qu'un autre en ferait de communes*.» Mais cette bonne intelligence ne devait pas subsister longtemps, et Buffon n'avait touché que trop juste, en disant que ces deux hommes n'étaient pas faits pour demeurer ensemble dans la même chambre. Cependant on se rendait encore justice. Voltaire, en vantant les délices de Potsdam, mande à d'Argental, à la date du 27 avril 1751 : « On y fait tous les jours des revues et des vers. Les Algarotti et les Maupertuis y sont. On travaille, on soupe ensuite gaiement avec un roi qui est un grand homme de bonne compagnie... » Soit qu'une rupture avec le président de l'Académie, un personnage qui semble indispensable, lui paraisse une grosse affaire, soit ressouvenir de leur ancienne amitié, le poëte se résigne à endurer les grands airs, la
1. La Boaumelle, Vie de Maupertuis (Ledoyetij 185G),'p. 134. Faisons remarquer que ce fragment de lettre, dont on ne nous dit pas le destinataire, est une citation de La Beaumelle, et par conséquent de source plus qu'incertaine.
CANDIDATURE DR L*AIIB* BAYNAl*. ^tS^
rudesse pour ne pas dire l arrogance de coluwi, WùiX sans amertume, toutefois, et sans aigreur*
Je supporle Mauperluis, n'ayant pu Tadoucir. Dans quoi pay* ne trouve-t-on pas des hommes insociablos «\oo t[ui II faut vivre? Il n'a jamais pu me pardonner que le roi lui ait onlonnô de mettre Tabbë Baynal de son Acadëmie. Qu*il y a do dill^i* rence entre être philosophe et parler de philosophie I Quand II eut bien mis le trouble dans l'Académie des soioncoî* de Pari*, et qu'il s'y fut fait détester, il se mit en I6le d'aller gouverner celle de Berlin. Le cardinal de Fleuri lui cile, quand il prit congë^ un vers de Virgile qui revient à pou prèé à cutul-cl :
Ah ! réprimez dans vous celte ardeur de régner.
On aurait pu en dire autant à son Éminenco; inuin lo cardinnl de Fleuri régnait doucement et poliment. Je vou« junt (|U0 Maupertuis n'en use pas ainsi dans son tripot, où, Diuu morcii je ne vais jamais ^..
Voltaire attribue Fhostilité sourde du prénident k h idolence qui lui avait été faite au sujet de lUiytial, Hoxm TaTons tu essayer d'obtenir pour Tabbé la mcammi de d'Arnaud, qui échut à Morand, en dépit ik mn ottl^ cieuses insinuations. Une place d'aeadéfnid^.'n éUiil um fiche de consolation qu'il était lioniiét^ ih him fm/it à un lettré en grand crédit auprèi^ dt» phiUmp0U'y§ i ési c est à quoi il travailia. Maië àkom nWmmt tk Ufft'y^f k main à Maupertuis, il atail therehé h k i^.mt ^i¥
î. V-ttUlafflinc, OEmret omifiUi^ '^$(mUA)^ h I^V, p>, ^U , ^^,
î. «"tOtiurç, hm»m imémm m^ùm^ HU^i,, i, j^ p, f^, j^^
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aïO HAUTEUH DE MAUPERTUIS.
Raynal avec mépris. Je lui fis ordonner parle roi d'en* voyer des patentes à M. Tabbé Raynal; on peut croire qu'il ne me Ta pas pardonné *. » Ce petit éch*^c ne dut pas rendre plus cordiaux les rapports communs; mais on se tolérait encore des deux côtés, et Voltaire, pour sa part, se contentait de gémir sur la rudesse du pré!?ident, que lui faisait oublier ou endurer Tamabilité des autres. « Notre yî*^ est bien douce, écrit- il à madame d'Argental; elle le serait encore davantage si Maupertuis avait voulu. L^envie de plaire n'entre pas dans ses mesures géométriques, et les agréments de la société ne sont pas des problèmes qu'il aime à résoudre. Heureusement le roi n'est pas géomètre, et M. Algarotti ne l'est qu'autant qu'il faut pour joindre la solidité aux grâces^. »
Si nous croyons faiblement que ce petit conflit auquelavaitdonnélieu la candidature de l'abbé Raynal, fut Tunique et vraie cause de leur mutuelle rancune, nous prendrons encore moins au oérieux les raisons qu'en donne Angliviel. « M. de Maupertuis, dit-il, crut qu'il lui convenoit de vivre à une certaine distance d'un homme qui en savoit plus qu'un enfant d'Ephraïm, et duquel le ministre de France à Berlin écrivoit : si Voltaire perd son procès^ il sera pendu^ s'il le gagne^ il sera chassée M* de Maupertuis l'évita : si c'est un
1 . Le Siècle politique de Lùuis Xl F, avec les pièces qui forment rhisloire des querelles avec MM. de Maupertuis et de La Beaumelle (à Siéclopolis, 1753), p. 214. Mémoire de M. F. de Voltaire, aposUlIé par M. de La Beaumelle.
2. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchol), t. LVÎ, p. 47, 48. ^'4ltre de Voltaire à madame d'Argental^ Potsdam, le 14 mars 1752.
charee «t ^ des Iioomui^ |»>6^i^t>^ ^>nl W ^'o^^
allait iftireà T^iuleurde k WnHS fJkfmif^fts >^ M> ^W Maupeituis, épui^ par de couUuMeW cr«<^bt^Wf^l^l* s\^ saog, aTait quitté Potsdam et $ ét%tit ivu(Vn\^0 d^iu* >^ maison de Berlio, eu altendaiii qw h |M'iMt^in)V» ^\ un rayon de convale^ctuce lui poraùii^i^ui h w\)^^ de Saint-Malo. S'il mourait, il falhùt, lui «^uoetSli^Vi ^'il partait, il fallait lui succéder oucorts ott IVt^^^^rlmui de revenir : et pour cela il MiflUidl do \\> Oiuivrlr ilo ridicule et d'opprobre, uliu do dégoûter lu roi du PrUMt^ de lui ou lui de lu Prusse ^ » Uieu u'u«t imim fondit que cette allégation malveillauto, L*autour dn lu M^m* riade n*avait aucunes vues sur lupluciuIuMuu|mrliiiii| et SSL gucccbëion ne Tuvuit jumuis tenté. D'AUiuibt^rl écrivait à madame du Deffand, en dôcninbrn 17f)îl î ((A propos de Mauperluis, nous ne rauruiië pulnl e^^l hiver; il est aclueliement nouludo ai mfnïM dri hrn" chures que Ton fait contre lui en Aïkmtifi^m «t «M Hollande, au sujet d'un cerUiin Ka^nig, n^m ijul il vient d'avoir, assez mal à propo^^ MM<t nttïiim 4/^*^gréablepour tous les deui^... Ij» tvï 4^ Vm*m i^4 f^Hi occupé de lui chercher ufl f^mei^i^.ur 4^/^^ h ^i^^ fi^ prègideiiL«« 11 y n plu# (k Wm fmHë é^m k m fk Pmme m'a fciit éerire p«r l« mi^^^^m ^'k^f^m pw^'
i. Le iSiéfie patui^He 4e fjQUi$ J'fJ [h Sié<;U>iK»lU; i7(>î^j, v- '^^• Méiuoire <ie M. d« VukUkir^^ ^y^miMid ^mm* ^. 1^ ^ ^.i^VVMH»^-