‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 214 sur 342 · IV · texte numérisé non relu

IV

314 ROENIQ.

Châtelet, qui, deux années durant, fut son disciple le plus zélé, le plus assidu et le plus docile. Kœnig avait une sorte d'éloquence brutale, convaincue en tous cast par laquelle la divine Emilie se laissa pleinement subjuguer. Il osa professer la doctrine leibnitzienne dans un sanctuaire où Newton était l'unique saint que Ton révérât, et réussit à faire partager sa foi à son élève. VolU\ire, très-tolérant, jugea avec raison que certaines divergences dans la façon de penser et de sentir ne devaient en rien influer sur une affection comme celle qui l'unissait à sa docte amie, et cette sorte de schisme ne jeta aucun trouble dans l'intérieur scientifique. En revanche, et malgré une entente parfaite dans le domaine philosophique, un désaccord grave survint entre le professeur et la marquise ; une rupture s'en suivit, et, si madame du Châtelet garda toujours sur cet éclat un silence plein de convenance, il n'en fut pas de même de Kœnig, qui s'oublia en propos peu décents à l'égard d'une femme dont les procédés, jusque-là, avaient été des plus bienveillants et des plus honnêtes. Une particularité qu'il faut rappeler et que l'avenir allait rendre piquante, c'est la partialité de Maupertuis en faveur de son protégé, partialité qui avait occasionné entre la châtelaine de Cirey et lui un refroidissement passager que les efforts de Voltaire ne dissipèrent pas sans quelque peine.

Kœnig fut ensuite appelé à Franecker, où il professa jusqu'au moment où il obtint la place de bibliothécaire du Statoudher. Maupertuis qui, sans être avec lui en communauté de système, rendait justice à ses connaissances, ne l'avait pas perdu de vue^ et lui avait

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