‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 221 sur 342 · ARRÊT DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

ARRÊT DE L'ACADÉMIE

le bibliothécaire delà princesse d'Orange. L'Académie déclarait que le passage produit par Kœnigdans le&Acta Eruditorum de Leipsig, comme faisant partie d'une lettre de Leibnitz, écrite en français à M. Hermann, portait des caractères évidents de fausseté, et que, par conséquent, les conclusions que M. Euler avait tirées de son rapport devaient être censées justes et valables dans toute la force des termes où elles étaient exprimées. Seulement, en considération des instances de son président, elle n'avait pas voulu pousser les choses plus loin, c( et étendre sa délibération jusqu'au procédé de Mr. Kœnig dans cette occasion, et à la manière dont elle seroit autorisée à agir relativement à ce procédé * . »

Tout se menait et se dénouait à ces époques bénies avec une lenteur qu'il faut sans doute attribuer à la difficulté des communications et des rapports, bien que l'habitude d'attendre son heure et de digérer ses projets dût aussi y entrer pour quelque chose. Soit incertitude, soit flegme germanique, Kœnig avait, durant l'enquête provoquée contre lui par Maupertuis, pris son temps pour répondre et se défendre ; et ce n'est que le 6 mai qu'il écrit à Formey pour réclamer com-

1 . Jugement de V Académie royale des sciences et belles-lettres^ p. Î5, 26. S'il fallait en croire la partie adversaire, non-seulement celle unanimilé élait chimérique, mais encore la séance ne fut qu'un long scandale. Malgré la pression qu'on exerçait et qui paralysait toute idée de résistance, il y eut des protestations, et le vote fut moins obtenu qu'escamoté : tout cela est des plus circonstancié. On serait assez empêché, à l'heure qu'il est, dans ces récits divergents, de discerner la vérité de l'exagération et du mensonge. Extrait d'une lettre d'un académicien de Berlin à vn membre de la Société royale de Londres, p. 6, 6, 7.

3Î6 HtSSENTÎMEXT PROFOND DB Kl£MG.

muDÎcation de Tamt lancé contre lui. Il est yrai quil semble, m^me alors, n'en avoir eu connaissance que par la rumeur publique. Formey lui répond qu'il trouve sa demande de toute justice, et qu'il ne doute pas que ce ne soit aussi l'avis de FAcadémie ; mais, comme elle était en fériés, sa requête ne pouvait lui être soumise que le 8 juin, jour de sa première assem^ blée ordinaire*. Le jugement, du reste, fut rendu public quelques jours après, et Kœnig en apprit le contenu, comme tout le monde, par l'arrêt imprimé. 11 ne pouvait, sans déshonneur, courber le front sous cette sentence flétrissante ; il écrivit au secrétaire perpétuel, dans les termes les plus modérés, les moins amers en apparence, pour lui annoncer le renvoi de sa patente de membre de l'Académie de Berlin*. Au fond, il était plein du ressentiment de Toutrage qu*il venait de subir : c'était, lui aussi, un esprit têtu, rempli d'orgueil, qu'il ne fallait pas blesser, et il n'avait pas besoin d'être poussé dans cette voie de représailles dans laquelle il s'élança en homme qui n'avait plus rien à ménager. Les spéculations métaphysiques et scientifiques ne transforment pas tellement ceux qui y vouent leur vie, qu'ils ne restent hommes au moins par la vanité, par un besoin inextinguible de renommée et de célébrité. On a fait et on ferait encore de gros volumes des disputes qui ont été Thumiliation et le scandale de la philosophie et des lettres. C'est toujours

1. Jugement de f Académie royale deè sciences et belleg-lettreSt p. 160, ICI. Lellre de Formey à Kœnig; du IG mai 1Î52.

2. Ifticf., p. 161. Lellre de Kœnig à Formey; la Haye, le 18 Juin

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