‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 227 sur 342 · APPEL AU PUBLIC · texte numérisé non relu

APPEL AU PUBLIC

de logique et d'argumentation pressée, et aussi d'ironie et d'amer sarcasme. Mais l'on ne s'attend guère à de la modération et à des procédés chevaleresques de la part d'un homme poussé aux extrémités, et qui n'a plus rien à ménager. Aussi, ne ménage-t-il personne, pas plus l'Académie que son président, du moins cette fraction de l'Académie au peu de fermeté de laquelle avait été arraché cet arrêt inique.

On comprend l'effet d'une pareille bombe au sein du camp ennemi. Voltaire, dans sa lettre du 1®' octobre, à madame Denis, s'exprimait ainsi sur le pamphlet du professeur de La Haye : « Je vous envoie hardiment y Appel au public, de Kœnig. Vous lirez avec plaisir l'histoire du procédé. Cet ouvrage est parfaitement bien fait; l'innocence et la raison y sont victorieuses. Paris pensera comme l'Allemagne et la Hollande. » Nous n'eussions pas été fort éloigné de croire que cet Appela dont il fait un si grand éloge, lui eût été antérieurement communiqué, et qu'il ne se fût pas borné à en dire son avis. Grave erreur. Voltaire s'était si peu mêlé à toutes ces chiffonneries, qu'il n'en savait point le premier mot ; et il ne se fût pas imaginé , dans la naïveté de son cœur, après la sentence de l'Académie, que Maupertùis pût ne pas avoir raison. « J'ai lu, monsieur, niandait-il à Kœnig, le 17 novembre, votre Appel au public^ que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et je suis revenu sur le champ du préjugé que j'avais contre vous. Je n'avais point été du nombre de ceux qu'on avait constitués vos juges, ayant passé tout l'été à Potsdam ; mais je vous avoue que, sur ïet\ M. de Mâiipertuis, et sur le \ugeme>\i\

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conséquence, j'étais entièrement contre votre procédé. » Qui prétendait donc que la Réponse dm académicien de Berlin à ttn académicien de Parti était de Voltaire, cet exposé si net, si renseigné de la querelle des deux savants? Mais cet Appel lui a ouvert les yeux, comme au public : quiconque Ta lu a dû être convaincu de la parfaite innocence de son auteur et des infâmes procédés de Maupertuis. Toutefois encore, à regard de Maupertuis, y a-t-il lieu à certaines réserves. « J'étais plein de ma surprise, ajoute^tril, et de mon indignation, ainsi que tous ceux qui ont lu votre Appel; mais Tune et l'autre cessent dans ce moment^ ci. On m'apporte un volume de lettres' que Maupertuis a fait imprimer il y a un mois : je ne peux plus que le plaindre; il n'y a plus à se fâcher^. » On se douta bien que cette épitre n'était pas de simple politesse et que Kœnig, au moins tacitement, était parfaitenoent autorisé à user d'elle à sa plus grande convenance,

Maupertuis, assez gravement malade et se sentant complètement incapable d'aucune œuvre suivie, mais ne pouvant davantage rester l'esprit oisif, Tintelligence inactive, s'était avisé de composer des lettres sur tous les sujets, selon l'inspiration du moment, probablement aussi, et c'est leur excuse, dans cette surexcitation que donne l'ardeur de la fièvre. Le petit avertissement qu'il met en tête de la première n'est

|. 9 On m'apporte » ç^i une façon de dire. Dans sa lettre du )« novembre à madame Denis, dix-sept jours auparavant, Voltaire parle des lettres de Maupertuis en hpmme qui les sait par cœur.

2. Voltaire, OEuvret complètes (Beuohot). t. LV|, p. S37f Lettre de Voltaire à Kœnig*^ le 17 novembre 175'-^.

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