ÉTRANGES IMAGINATIONS
pas rassurant : « Je m'affranchis d'une gène à laquelle je n'aurois pu me soumettre : je ne suivrai aucun ordre; je parcourrai les sujets comme ils se présenteront à mon esprit; je me permettrai peut-être jusqu'aux contradictions; je dirai sur chaque sujet ce que je pense au moment où j'écris ; et quelles sont les choses sur lesquelles on doive toujours penser de la même manière ' ! » Ces lettres, au nombre de vingt-trois, sont ce qu'il y a de plus étrange, de plus fou; les paradoxes les plus hétéroclites s'y donnent la main. Ainsi, il nous dira que l'âme, qui, à l'état ordinaire, voit le présent, pourrait dans un état plus exalté voir aussi nettement l'avenir que le passé. Puis, à propos de la durée de la vie, il prétendra gravement qu'un moyen d'en étendre les bornes serait de ralentir la Végétation de nos corps ^; il voudrait ailleurs que l'on creusât un trou gigantesque pour pénétrer dans l'intérieur de la terre ; il voudrait aussi que l'on fit sauter une pyramide d'Egypte pour être édifié, une bonne fois, sur ce que recèlent ces prodigieuses et mystérieuses constructions : a L'usage de la poudre rendrait aujourd'hui facile le bouleversement total d'une de ces pyramides; et le Grand-Seigneur les abandonneroit sans peine à la moindre curiosité d'un roi de France. » L'on apprend lentement et l'on apprend mal la langue latine, cette langue de tous les peuples; pourquoi ne pas créer une ville latine, où l'on ne prêcherait, plaiderait,
1. Manpertui», OEuvres (Lyon, 1768), t. H, p. 221. Lefire première.
2. Ihid., t. Il, p. 3i3, 345. LeUre XIX, sut l'An de prolonger
fn vie.