L'ABBÉ DE SAINT-ELLIER
cruelle folie, écrite par Maupertuis, méritait à elle seule la Diatribe du docteur Akakia ^ » Gela a quelque chose en effet d'iDgénument odieux, qui dénote une sécheresse, une dureté de cœur peu communes. Mais, à ce qu'il paraît, la curiosité et la cruauté étaient inhérentes au sang des Maupertuis. Notre président avait un frère, l'abbé de Saint-EUier, naturaliste et physicien, dont il vantait les connaissances et l'esprit, et qui mutilait les chats pour faire des expériences. La duchesse d'Aiguillon lui disait un jour : (( Comment, vous qui aimez les chats, pouvezvous avoir cette cruauté? — Madame, répondit-il, on a des sous-chats pour ces sortes d'épreuves^. »
Si ces lettres, curieuses par cette sorte de dévergondage dogmatique qui semble être le résultat d'une gageure, sont peu dignes par elles-mêmes d'attention, on ne saurait comprendre la plaisanterie de Voltaire, sa moquerie implacable, sans une rapide initiation à ces billevesées scientifiques. Ce que nous venons de dire y aidera un peu, et, nous en serons quitte , le cas échéant, pour joindre le commentaire à l'allusion. Le poëte annonçait l'apparition de ces étranges rêveries à madame Denis, à la date du premier octobre : a Au milieu de ces querelles, Maupertuis est devenu tout à fait fou. Vous n'i-
tes homines, a regibus ex carcere acceptos, vives inciderint conslderarintque, etiamnum spiritu rémanente, ea quœ natura ante clausisset. » Cela., lib. I.
1 . Villemain , Tableau de la littérature au XVllI^ siècle (Didier, 1853), t. n, p. 98,99.
2. La Beaumelle , Vie de Maupertuis (Paris , Ledoyen , t p. 60.
3> 3»~SLÏÏ?T :îS
^l::^z ^^ qui. i-i^i t\L coeb^&é à Montpellier, daib bTi dr î^ir ic^-es '• i- y i iiÇi- ving'.aiDc d^années. Son ELii lu: i reprli ^;:,lci::2[ieDî : il YÎeot d^imprimer un lî^Tc 'lû Si prêicad <pi'oa ce peat prouTer TexisteDce de Dieu que p«r uoe formule d*algèbre; que chacun peut prédire Tavenir en exallaot son &aie ; qu^ilfaut aller aux terres Australes pour y disséquer des géants hiuté de dix pîedi, èi ou iteut connaître la nature de l'enteodement humiin. Tout le livre est dans ce goûU II l'a lu aux Berlioûises qui le trouvent admirable ^. » Mais les caillettes de Berlin n'étaient pas seules à battre des mains. Convaincu ou non, Frédéric écrivait à l'auteur : « J ai lu vos lettres, qui, malgré vos critiques sont bien faites et profondes ; je vous répète ce que je vous ai dit, metez votre esprit en repos, mon cher Maupertuis, et ne vous sousiez pas du bourdoQnement des insectes de l'air. Votre réputation est trop bien établie pour être renversée au premier vent. Vous n'avez à apréhender que la mauvaise santé'.,. » L'il-
1. Voltaire fait également allusion à un séjour Toreé de Mauperlois à Montpellier, i\^ï{%\Akak\a, 0£iitTe«comp/é/rs (Beuchol), t, XXXIX, p. 478.
2. Vollalre, Œuvre» complètes (Beuchol.), t. LVF, p. 189, 190. Lettre de Voltaire à madame Denis ; à Potsdam, ce 1^ octobrf
3. (^at)lnet de M. Feuillet de Conches. Lettres originales du nrand Frédéric à Haupertui», t. 1, n«> OG. Lettre du 5 novembre 17 62. C'est ici le lien de relever une assertion erronée du dernier édittnir de Frédéric. « Il eit asset singulier cependant, remarque M. Preuss, quu le roi n'ait pas en avec Maupertuis de correspondance véritablement amicale, familière ou iilléraiie; la plupart des letlna que nous avons lue« se rapportent à l'administralion de rAoadémie ou à d'autres afTaires semblables, et n'abordeni jamais les sujets qui pourraient oITrir un intérêt plus général, u OEuvres de Frédéric le Grand, t. XVII, p. ir>. Avcrlisscmcnl de l'éclilcur. Il existe, en rëalilé,