‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 269 sur 342 · LE CHEVALIER DE LA TOUCHE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE LA TOUCHE

s'en charger près du Roi. Cela avait lieu, le 1"" janvier, à trois heures et demie. Dès quatre heures, un fiacre s'arrêta devant la porte : c'était Frédersdorff, venant de la part de Sa Majesté rendre au poëte la croix et la clef de chambellan. « Il y eut entre eux une longue conférence, nous dit CoUini : j'étais dans la pièce voisine, et je compris à quelques exclamations que ce ne fut qu'après un débat très-vif que Voltaire se détermina à reprendre les présens qu'il avait renvoyés. » Ce dernier, sentant plus que jamais l'importance de se faire des appuis dans cette patrie qu'il était impatient de rejoindre, s'était empressé de nouer des rapports affectueux avec le nouvel envoyé de France, le chevalier de La Touche, établi à Berlin depuis la fin de juillet * . Dans le complet isolement où devait le plonger la disgrâce royale, il n'était pas indifférent d'intéresser à sa cause un personnage officiel, qui pût au besoin prendre sa défense à Potsdam,etédifier son gouvernementjchose non moins utile pour Voltaire, dont la conduite et les dernières démarches ne manqueraient pas d'être interprétées à Paris de plus d'une façon. L'auteur de Mérope s'était jeté tout aussitôt dans les bras du chevalier ; il n'allait rien décider, rien faire sans ses avis et son octroi. Il lui rendait effectivement compte, le lendemain, de ce qui s'était passé et le suppliait de venir à son aide. « Il m'a envoyé Federsdorff à 4 heures me dire qu'il réparerait tout, et que je lui

• 1 . Et non fin de septembre , comme le suppose M. Foisset. a De Berlin, le 27 juillet. Le ciievalier de La Touche, minisire de France, qui arriva ici hier de Hanovre^ doit ayoir incessamment audience du roi... » Gazette d'Utrecht, du vendredi 4 ao(it \lbZ (u« I.XHI.

3S4 INVITATION A SOUPEft.

écrivisse une autre lettre. Je lui ai écrit *, mais sans démentir la prennière, et je ne prendrai aucune résolution sans vos bontés et vos conseils *. Comme j'ai eu rhonneur devons prendre à témoin de mes sentiments dans une première lettre, et que le Roy sait que, selon mon devoir, je vous ai confié mes démarches, ce sera à vous à être arbitre : vous êtes actuellement un ministre de paix ; on la propose, dictez les conditions. Je ne peux sortir, je ne peux que vous renouveler ma respectueuse reconnaissance. On parle de souper; je ne peux être assez hardi, si vous n'y êtes pour me seconder. Moy souper^ ! » Voltaire ne savait trop que faire.

1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 266, 26Î. Lettre de Voltaire à Fréd«?rie. «... M. Federsdorff, qui menait me consoler dans la disgrâce, m'a fait espérer que Votre Majeslé daignerait écouler envers moi la bonté de son caractère , et qu'elle pourrait réparer par sa bienveillance, s'il est possible, Topprobre dont elle m'a comblé... n

2. « ... Le lendemain, 2 janvier, lisons-nous dans une note manuscrite trouvée dans les papiers de M. de La Touche, destinée sans doute aux journeaux, le roi lui écrivait une lettre pleine de bonté, et M. de Voltaire, pénétré de respect et de reconnaissance, a persisté à supplier Sa Majesté de vouloir bien accepter sa démission entière et de lui conserver l'honneur de sa protection et de sa bienveillance, qu'il préférait à tous les biens et à tous les titres , lui alléguant que désormais il était inutile à S. M. On ignore encore si le roi de Prusse a accepté sa démission. •> Foisset, Voltaire et le président de Brosses, Supplément à la correspondance de Voltaire et de Frédéric, p. 22, Cette note, que nous n'avons retrouvée, en ces termes du moins, dans aucunes Gazettes, semblait poser une question, à laquelle allait répondre la note que le poêle envoyait à Vallher et que ron rencontrera plus bas.

3. M Ce qui paraîtra encore plus singulier que la conduite de Voltaire, c'est que non-seulement le roi de Prusse n*a point voulu reprendre ses bienfaits, ni donner permission à Voltaire de s'en aller, mais qu'il lui a même fait dire qu'il vouloit lui parler et qu'il vînt souper avec lui. On pourroil croire qu'il n'y a plus rien d'ex-

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