‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 270 sur 342 · PRÉTEXTES · texte numérisé non relu

PRÉTEXTES

La confiance était perdue, il ne cherchait qu'à prendre ses sûretés et à s'entourer de garanties. Après tout, n'était-il pas français, sujet- et officier du roi Très-Chrétien? ce Je ne puis vous dire, monsieur, écrivait-il deux ou trois jours après à l'envoyé de France, à quel point je suis pénétré de vos bontés ; je vous prie instamment d'y mettre le comble, en disant à M. de Podevils l'intérêt que vous daignez prendre à moy- en général, en me regardant comme un officier de la maison du Roy, notre maître, qui est icy avec un passeport du Roy et avec une recommandation à tous ses ministres, et enfin comme un homme qui vous est particulièrement attaché K » Quant à ce souper, dont il repousse jusqu'à la pensée, il allégua pour ne pas s'y rendre son état de santé, et demeura blotti dans sa chambre, comme cela ressort de sa correspondance avec le chevalier. « La fièvre, monsieur, m'a empêché de vous faire ma cour. Je ne doute pas qu'on ne dise à Potsdam que cette fièvre est de commande ; il faudra que je meure pour me justifier... » Et cet autre billet : c< Vous sentez quel besoin j'ai d'avoir Thonneur de vous parler et de vous ouvrir mon cœur. Je ne peux sortir : le roy de Prusse ne

traordinaire dans celte affaire; ce n'est pas tout cependant. La réponse de Voltaire au message du roi de Prusse met le comble à la singularité ; il a fait dire au roi de Prusse qu'il ne pouvoit pas aller souper avec lui (je suppose que le mot d'honneur n*a pas été oublié), qu'ils seroient trop embarrassés vis-à-vis l'un de l'autre. On ne sait point encore ce qui en arrivera. » Duc de Luynes, Mémoires, t. Xiï, p. 343, 344, du vendredi 9 février 1753.

1. Foisset, Voltaire et le président de Brosses (Didier, 1858). Sup« plément à la correspondance de Voltaire et de Frédéric. Voltaire ; 5 janvier 1753.

IV

Page 1