DÉPART ANNONCÉ A L'AVANCE
le caractère à Tesprit, ne demandant à ceux dont il s'entourait que d'être propres à toutes fins et de l'amuser, quelles que fussent d'ailleurs leurs mœurs et leur probité K Des lieux communs de morale débités en passant ou lorsqu'on est colère, ne sauraient, en aucun cas, tenir la place de principes exacts et d'une ligne de conduite arrêtée et inflexible.
Non*seulement Maupertuis était autorisé à faire de la lettre du roi tout l'emploi qui lui conviendrait, mais il entrait dans les plans de Frédéric que sa très-peu aimable épitre courût le monde; et comme, quelle que fût la bonne volonté de l'illustre président, elle eût fait trop lentement son chemin par son canal, il s'y prit de manière à lui procurer une tout autre publicité. Pour que l'on ne conçut le moindre espoir de le retenir, le poète, n'avait trouvé rien de mieux que d'entretenir le public de ses projets de départ. Un jour, c'était un correspondant de Berlin, qui écrivait à la Gazette d'Utreeht : n On confirme que M. de Voltaire sollicite la permission de se retirer de cette cour ^. » Une autre fois, l'on s'étendait sur les instances réitérées de Fauteur de la Henriade^ qui avait finalement remis h
Sa M^esté la croix de son ordre, le brevet de sa charge
1. Frédéric écrivait à la margrave, dans une autre circonstance : « Si voui ôteg curieviRe de nouTellei, J» voua apprendrai qu« Voltaire s'est conduit comme un méchant fou, qu'il a attaqué cruellement Maupertuis, et qu*il a fait tant de friponneries que, sans son esprit, qui me séduit encore. J'aurais en honneur été obligé de le roellre dehors. » OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XXVIl, p. 304, 205. Lettre de Frédéric à la margrave < ce SO. M. Preuss indique le mois de décembre 1751. C'est 1752 qu'il faut lire.
s. Gaz$tu d*Utre€hty du mardi 27 roarf 175S (no XXV), de Bcr- Un, le 20 mars.
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et Tarriéré de ses pensions ^ L'intention n'était que trop transparente, et n'avait rien qui dût flatter infiniment le philosophe de Sans-Souci. Il est vrai que ces nouvelles étaient publiées assez tardivement et en un moment où elles n'avaient plus guère d'utilité, puisque Voltaire, quand la feuille d'Utrecht s*avisa de les insérer, était déjà à Leipzig depuis quelques jours. Quoi qu'il en soit, le roi de Prusse, particulièrement choqué de la dernière note, saisissait avec empressement ce prétexte pour faire reproduire tout au long salettre, dans la même gazette, avec un démenti aigre et cassant qu'on avait voulu le plus désagréable possible.
On a été surpris ici de voir dans la Gazette (PUtrechtj do 3 avril, sous la date de Berlin, du 27 mars, un article (que Ton a requis Tauteurd'y insérer) et dans lequel il ëtoit dit que, la santé de M. de Voltaire étant fort dérangée, il avoit renouvelle ses instances au roi, pour en obtenir la permission dese retirer; qu'il avoit remis à S. M. sa clef et la croix d'or, en renonçant à ce qui pouvoit lui être dû de ses pensions; mais qu'il n'avoit pu encore obtenir son congé. II est clair qu'en engageant Tauteur de la môme gazette à publier pareille chose, on lui en a imposé, surtout par rapport au dernier article, puisque M. de Voltaire a reçu l'argent de ses pensions jusqu au jour de son départ. Le 16 mars, le roi 6t la réponse suivante à une lettre qui lui avoit été remise de sa part, et dans laquelle ce poëte Tavertissoit entre autres que M. Kœnig avoit dessein d'écrire contre S. M. *.
Venait alors la copie de la terrible lettre ; mais avant de s'adresser à la Gazette d'Utrechty on avait déjà frappé à la porte de la Gazette de Hollande^ qui n'avait
1. Gazette d'Utrecht , du mardi 3 ayril 1753 (n» XXVII); de Berlin, 27 mars.
2. Ibid., du vendredi 20 avril 1753 (n* XXXII). Extrait d'une lettre particulière de Berlin, du 10 avril.