‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 296 sur 342 · DEUX RÉCITS · texte numérisé non relu

DEUX RÉCITS

Voltaire, pour sa part, a fait deux récits de son arrestation et de sa captivité : le premier, très-sérieux, très-motivé, était vraisemblablement à l'adresse du comte de Stadion, minisire de l'empereur ; le second, écrit bien des années après les événements, pour satisfaire à une rancune plus tenace que le temps qui ne put rien sur elle. C'est ce dernier que nous allons reproduire, et parce qu'il est le plus célèbre, qu'il fit rire, môme après VAkakia^ et qu'aussi il nous va falloir faire la part du vrai comme du faux et réhabiliter quelque peu le résident, qui n'était en réalité qu'un pauvre homme auquel Voltaire fait traîner assez gratuitement la brouette. Mais laissons la parole au poète, il a acheté et payé assez chèrement le droit d'être furibond, emporté, et même calomniateur.

Voici comme cette belle aventure s'est passée. Il y avait à Francfort un nommé Freyiag, banni de Dresde, après y avoir été mis au carcan et condamné à la brouette^ devenu depuis dans Francfort agent du roi de Prusse, qui se servait volontiers de tels ministres, parce qu'ils n'avaient de gages que ce qu'ils pouvaient attraper aux passants.

Cet ambassadeur et un marchand nommé Smith, condamné ci-devant à l'amende pour fausse monnaie, me] signiflèrent, delà part de Sa Majesté le roi de Prusse, quej*eusseà ne point sortir de Francfort, jusqu'à ce que j'eusse rendu les effets précieux que j'emportais à sa Majesté. Hélas! Messieurs, je n'emporte rien de ce pays-là, je vous jure, pas môme les moindres regrets. Quels sont donc les joyaux de. la couronne brandebourgeoise que vous redemandez? Cétré, monsir, répondit Freytag, l'œuvre de poèshie du roi mon gracieux maître. Oh ! je lui rendrai sa prose et ses vers de tout mon cœur, lui répliquai-je, quoique après tout j'aie plus d'un droit à cet ouvrage. Il m'a fait présent d'un bel exemplaire imprimé ù. ses dépens. Malheureusement cet exemplaire est à Leipsick avec mes autres effets. Alors Freyiag aie proposa de restera Franc-

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