‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 313 sur 342 · CITATION EMBARRASSANTE · texte numérisé non relu

CITATION EMBARRASSANTE

la phrase qu'elle intercalait dans sa prose, en la soulignant. Elle eût pu en citer une autre, qui contrastait plus énergiquement encore avec la situation du poëte et ne confirmait que trop des prévisions qu'on s'était efforcé de combattre par les arguments les plus décisifs : c( Quel esclavage, quel malheur, quel changement, quelle inconstance de fortune y a-t-il à craindre dans un pays où l'on vous estime autant que dans votre patrie, et chez un ami qui a un cœur reconnaissaut?... Quoi! parce que vous vous retirez dans ma maison, il sera dit que cette maison devient une prison pour vous ! Quoi ! parce que je suis votre ami, je serais votre tyran ! Je vous avoue que je n'entends pas cette logique-là * . . . » Les événements étaient venus donner le démenti le plus brutal à ce mouvement d'éloquence que nous devons croire sincère, et il n'eût dépendu que de madame Denis de triompher tout à son aise. Mais le peu de mots qu'elle avait hasardés suffisaient pour rappeler au Salomon du Nord des engagements sacrés, et c'eût été faire preuve d'une médiocre prudence que d'appuyer davantage.

Une troisième lettre, plus explicite, était adressée aii comte d'Argenson, qu'il était bon d'initier soimême à des incidents qui ne pouvaient manquer de faire rumeur en France et dans toute l'Europe, a J'ai été d'autant plus frappée d'un tel coup (c'est toujours madame Denis qui parle), que je portais avec moi, pour ma consolation et pour mon assurance^ la copie

1. Voltaire^ OEuvres complètes (Beuchot), t. LV, p. 4SS, AS6. Lettre de Frédéric à Voltoire; 23 août 1750.

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