‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 314 sur 342 · ACTIVITÉ DB MADAME DENIS · texte numérisé non relu

ACTIVITÉ DB MADAME DENIS

de la lettre que le roi de Prusse ordonna à mon oDcle de m'envoyer en 1730, pour nous rassurer dans nos alarmes quand il le fit rester à son service... Mon oncle a travaillé assiduement pendant deux ans à perfectionner les taleuts du roi ; il Ta servi avec un zèle dont il n'y a pas d'exemples. La récompense qu'il reçoit est cruelle. J'ai pris la liberté d'écrire à ce prince une lettre trempée de nos larmes. Je dicte ce naémoire à un homme sûr (CoUini), ne pouvant écrire, ayant été saignée deux fois, et mon oncle étant dans son lit, sans secours*. » Cette double saignée n'eût donc été pratiquée qu'après les lettres écrites à milord Maréchal et au roi de Prusse. Peut-être madame Denis exagèret-elle ses souffrances pour attirer l'intérêt du ministre. Il n'est pas probable, toutefois, que le poète eût eu recours, en pareil cas, à son secrétaire, si sa nièce n'eût pas été tout à fait empêchée de tenir la plume. Voltaire était prisonnier ; avant tout, il lui fallait se débarrasser de ses liens. Une fois libre, il n'était pas homme à garder le silence sur l'outrage et l'arbitraire d'une claustration qui criait vengeance ; mais, jusquelà, il saurait se contenir, dissimuler, flatter jnême ses

1. Marquis d'Argenson, Mémoires (JanDet), t. V, p. 51, 52. Lettre de madame Denis au comte d'Argenson ; Francfort- sur - le -Mein, 11 juin 1753. Sauf quelques modifications, la même lettre se trouTe reproduite, à la date du 20 juin et à l'adresse de madame de Pompadour, dans Voltaire ù Ferney (Didier, 1860), p. 88, 89, 90. Au moins la date est-elle fautive. Sans doute Voltaire sentit l'importance d'édifier également la favorite sur l'étrange abus de pouvoir dont il était la victime. Gomme le ministre et la marquise n'étaient pas ensemble aux confidences , peut-être jugea-t-il qu'il n'y avait pas d'inconvénient à leur adresser à tous deux la même lettre. Sa situation présente rendait d'ailleurs plus qu'excusable cette petite licence.

Page 1