‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 318 sur 342 · IV. ^"V · texte numérisé non relu

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proportions et les couleurs les plus sombres et les plus tragiques! n^atait-il pas tout à redouter ? Il rappela alors à Freytag ses promesses formulées dans les deui billets qu*il lui atait écrits. M. Yaruhagen, sur Taffir^matioD de Thonnéte résident, nous fait, il est trai, observer que ces billets avaient été subtilisés par Voltaire, qui ne les avait obtenus que pour les envoyer à madame Denis. Cet écriTain , qui ne se trouve point embarrassé pour apprécier assez durement et assex iujufttement même parfois la conduite de Yoltairei m semble pat supposer que Freytag puisse accommoder quelque peu les choses à sa convenance. Tout c0 (|ue dit et écrit Freytag est pour lui une base sûre et solide de critique. Nous faisons bon marobé des récriminations furibondes du poète français et nous voulons bien ne pas douter de Thonnéteté du baron de Frey* tag. Mais est^-il supposable qu*un personnage officiel^ d'ailleurs aussi réservé, aussi pusillanime, prenne sttf lui d'exposer sa responsabilité par un engagement « pro forma » et de pure complaisance? S'il s'y détermine, c'est qu'il n'y voit pas d'inconvénient, c'est qu'il est convaincu que ce qu'il promet pourra et de-^ vra se réaliser sans l'ombre d'un obstacle. La minuta d'après, le repentir sera venu avec la réflexion, et Ton se sera mis à couvert par cette interprétation équivoque *.

Voltaire, ce qui n'a pas trop lieu de surprendre, s'exalte, fait tapage, et chasse avec emportement le

1. Varnhagen von Ense, DenkwurJigkeiten uud vermischle Scfiriftea (Lelptig, fS&9), t.ym<f. 103, 238, 339.

DÉTkESSË DU POÈTE. ^H

messager de Freytag. Le résident a recours alors aux menaces et réussit à effrayer le vieillard, que son isolement, son dénûment condamnaient à la résignation et à la dissimulation. La situation du prisonnier était affreuse^ car il ne pouvait plus compter sur la parole de ses gardiens^ qui ne savaient pas plus que lui le sort qui lui était réservé. Il fallait pourtant sortir de cette incertitude et de ces anxiétés. Madame Denis prend de nouveau la plume et adresse, le jour môme, une lettre des plus émouvantes, non à Frédéric, mais à un de ses familiers, que M. Yarnhagen suppose être avec d'autant plus de vraisemblance l'abbé de Prades, que ce dernier devait^ comme on le sait^ à son oncle sa situation près du roi de Prusse.

é.4 M. de Voltaire a satisfait à tous ses engagements, et cependant on le retient encor prisonnier. On ne lui rend ni sa eaisse^ ni ses deux paquets^ ni sa liberté, que M. de Freytag lui avait promise au nom du roi en présence de M. Riicker, avoeat. Je ne sais, Monsieur, si Sa Majesté redemande à présent le contrat annullé dont milord Maréchal m'a parlé à Paris ; il Q8i enoor« malheureusement égaré , s'il ne se trouve pas dans la caisse qui est entre les mains de M. Freytag. Nous le cherchons^ mon oncle et moi, sans cesse depuis deux mois. Je donnerdis quatre pintes de mon sang pour qu'il fût retrouvé... J'attends de voua quelque consolation dans mon état déplorable, car, pour mon oncle, il n'est plus en état d'en recevoir, el vous apprendrez bientôt peut-être sa fin déplorable... Je ne m'attendais pas^ il y a trois ans, que ce serait le roi de Prusse qui lui causerait la (nort, Pardonnez à ma douleur !

Mais, par une de ces soudaines résolutions qui se réalisent aussitôt conçues, Voltaire a décidé qu'il ne devrait sa liberté qu'à lui. Son plan est tout tracé. Il abandonnera la caisse à la discrétion de Freytag, ma-

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