‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 49 sur 342 · SES CONCERTS · texte numérisé non relu

SES CONCERTS

été composée des meilleurs musiciens de l'Europe. Le roi savait les règles de là composition et excellait sur la flûte traversière. Le matin, il composait lui-même sur le clavecin, pendant qu*on le frisait, tous les solos qu'il jouait ensuite en perfection sur la flûte... A Potsdam, le concert journalier se tenait dans un cabinet de vingt-quatre pieds de diamètre, un peu arrondi, dans les angles, de seize pieds jusqu'à la corniche, le tout en boiserie, avec de beaux compartiments magnifiquement dorés, une très-belle cheminée de marbre incarnat d'Egypte, et au milieu un superbe et très-grand lustre de cristal. Ce concert consistait en un seul premier et un second violon, (rarement le double) une basse de viole, un violoncelle, et pour clavecin un forte-piano de Silbermann, une flûte ou deux quand le roi jouait des trios avec Quanlz. Un ou deux castrati et de temps à autre une des meilleures chanteuses de l'Opéra recevaient ordre et une voiture du roi pour son voyage de Potsdam. L'on n'entendait dans ces concerts que des voix ou des flûtes; tous les autres instruments n'étaient que pour Tac compagnement ^.

La margrave de Bayreuth^, le baron de Bielfeld viennent confirmer ou compléter ces détails. Ce dernier, qui s'était trouvé avec Chasot, au séjour que firent en octobre 1739 Frédéric et la princesse royale à Rheinsberg, nous parle avec enthousiasme de ces solennités musicales, où c'était une grâce aussi rare qu'ambitionnée de se voir admis.

Les soirées, nous dit-il, sont consacrées à la musique. Le prince a concert dans son appartement, où personne n'entre qu'il n'y soit appelé, et c'est une faveur bien marquée qu'une pareille invitation. Il y exécute ordinairement une sonate et un concert pour la flûte, instrument dont il joue dans la plus

1. Blaze de Bary, Le chevalier de CAaso/ (Michel Lévy, 1862)^ p. 111 à 114.

2. Mémoires de Frédérique-Sophie-Willemiite de Prusse ^ margrave deBareith (Paris, 1811), t. H, p. 326, 327.

Page 1