SECONDE ABJURATION
plus de chances de trouver un établissement. Frédéric- Guillaume avait succédé à Frédéric P' sur le trône de Prusse. Il s'agissait de plaire à ce prince fantasque, peu aimable, et qui avait de rudes instants. Mais la difficulté n'était pas insurmontable ; le seul sérieux obstacle était la religion.. PoUnitz n'était pas homme à se rebuter pour si peu : ilabjurale catholicisme pour le culte du prince. La place de chambellan fut la récompense de cette apostasie. L'exercice de sa charge, en l'approchant à tout instant du mattre, le mettait à même de conquérir, par sa gaieté, le tour original de son esprit, les bons contes qu'il avait glanés sur sa route et qu'il rapportait de ses voyages, un grand ascendant sur ce naturel féroce, mais qu'il n'était pas impossible d'apprivoiser. Frédéric- Guillaume, tout parcimonieux qu'il fût, dérogeait à ses habitudes d'économie en faveur de son chambellan, auquel il envoyait de fondation , à Noël , six mille reisdalers (22,400 fr. de notre monnaie). Tous les soirs, il s'enfermait dans un petit bâtiment isolé, qu'il appelait sa tabagie, au bout du jardin, sur les bords de la Sprée, avec un petit groupe d'amis, tous faits à son humeur^ à ses caprices, à ses violences ; et les heures se passaient à fumer \ à boire, en bavardages et en commérages de toute espèce.
1 . Pollnitz avait horreur de la pipe, et on se demande comment il put faire agréer sa perpétuelle abstention. Bien avant ce temps, se trouvant introduit dans la tabagie de Frédéric-Guillaume et voyant chacun, et le roi tout le premier, se mettre à fumer, il fut épouvanté à ridée quMl lui faudrait faire comme les autres. Heureusement, on ne songea point à lui présenter de pipe, et il en fut quitt» pour ia peur, Nouveaux Mémoires (Francfort, 1738^, 1. 1^ p« 349.