‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 78 sur 342 · LA COMÉDIE CHEZ LES PRINCES · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE CHEZ LES PRINCES

Après Morne sauvée c'était Jides César; c'était ensuite Zaïre qui faisait verser des pleurs à Berlin aussi bien qu'à Paris, et dont l'exécution comblait de joie son auteur enivré. « Nous jouâmes hier Zaïre. Monseigneur le prince Henri se surpassa, monseigneur le prince royal prononça très-distinctement', monseigneur le prince Ferdinand adoucit sa voix, madame la princesse Amélie eut de la tendresse, et la reine fut enchantée^. » 11 arrive bien de temps à autre que Ton sorte pour un peu de son répertoire. L'on s'attaque à Andromaquey et le poëte pardonne cette infidélité en faveur de Racine, S(%n idole. « La princesse Amélie, mande-t-il à sa nièce, encore à propos de cette représentation, était Zaïre, et moi, le bonhomme Lusignan. Notre princesse joue bien mieux Hermione; aussi est-ce un plus beau rôle. Madame Tyrconnell s'est très-honnêtement tirée d'Andromaque. 11 n'y a guère d'actrices qui aient de plus beaux yeux^... » Mais c'est tout autre chose, quand on le quitte pour d'Arnaud, et même pour Gresset. « Monseigneur le prince Henri, écrit-il à la margrave de Bayreuth, joua hier Sydney^

p. 1 43. — Galerie de V ancienne cour ou Mémoires-Anecdotes pour servir à VHistoire des règnes de Louis XI Y et de Louis XV (deuxième édition, 1789), t. IV, p. 70, 71.

1 . Auguste Guillaume, a 11 jouoit lui-même, nous dit Bielfeld, qui sans doute exagère un peu, les grands rôles comiques, avec un art et un naturel qui enlevoit tous les suffragefi. ■ Lettres familières y (la Haye, 1763), t. 11, p. 408, 409. Lettre XCVl; à Hambourg, le 4 juillet 1758.

2. Revue française {\*^ noyemhre 1865), t. XII, p. 340. Lettre de Voltaire h la margrave de Bayreuth; à Berlin, le 6 janvier 1751.

3. Voltaire, Œuvres complètes (Beuehot), t. LV, p. 542. Lettre de Voltaire à madame Denis; Berlin, le 12 janvier 1751.

^00 FUREUR DU TIIÉATRK,

pour la clôture du carnaval. Il me semble que c'est mettre un habit de deuil un jour de gala. Voilà un étrange sujet de comédie pour un prince de dix-neuf ans. J'aimerais autant voir un enterrement que cette pièce. Mais monseigneur le prince Henri met tant de grâce dans tout ce qu'il récite et dans tout ce qu'il fait, qu'il m'a sauvé entièrement le dégoût et la tristesse de cet ouvrage ^ » L'on s'était jeté a\ec rage dans ces exercices dramatiques qui faisaient oublier un instant cette vie de garnison et de caserne à laquelle les princes du sang n'étaient pas moins assujettis que le dernier sous-lieutenant de l'armée. Et Frédéric, écrivant à la même margrave, pouvait lui mander, sans forcer la vérité, après l'avoir rassurée sur la santé de tout son monde : a Mes frères histrionnent^. »

Le roi de Prusse ne nous importe guère. C'est l'auteur de V Anti-Machiavel et du Palladion^ c'est l'ami de Voltaire, c'est le philosophe de Sans-Souci qui nous arrête, et dont nous avons à cœur d'étudier et de reproduire la physionomie. Il n'est pas inutile de rechercher l'origine de ce nom de Sans-Souci donné à sa jolie chartreuse qu'il avait d'abord appelée tantôt la Vigne y tantôt Lusthaus ^. C'est au comte de Manteuffel que revient l'honneur de l'invention. Le comte avait, en Poméranie, une maison de plaisance peu importante^

1. Revue française (!«' novembre 1865), t. XII, p. 340, Lellre de Voltaire à la margrave de Bayreuth ; 30 janvier 1751.

2. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XXVII, p. 198, Lettre de Frédéric à la margrave de Bayreuth ; ce 31 décembre 175t.

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