SANS-SOUCI
mais dont la situation l'avait séduit; sans doute y trouvait-il avec le calme l'oubli des ennuis et des tracasseries de cour, et fut-ce à ce titre qu'il la gratifia du nom souriant de Kummer-Frey*. L'appellation parut heureuse à Frédéric et digne d'un épicurien, et il fit alors inscrire en lettres d'or ces deux mots sur la façade de son château (1 746) . Ce sera vers 1749 qu'il commencera à dater ses lettres de Sans-Souci et à prendre le titre du philosophe de Sans-Souci^. Voltaire, dans une lettre à Darget, d'août 1750, lui donne les deux noms de <( philosophe de la Vigne » et de « philosophe de Sans - Souci. » Mais le premier, disgracié par le maître, tombe vite en oubli et disparaît de la mémoire comme de la façade du palais '. Situé à une portée de canon dePotsdam, Sans-Souci, dansles desseins originels de Frédéric, n'avait dû être qu'un lieu de repos, qu'une halte dans une situation ravissante. 11 est pittoresquement assis sur la crête d'une colline, au bas de laquelle coule la rivière de Havel. Le bâtiment principal est peu considérable et n'a qu'un rez-dechaussée. Le toit à l'italienne est surmonté d'un dôme.
1. Formey, Souvenir* d*un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p, 43. — D^autres ont prétendu que Frédéric avait clioisi ce nom, parce qu'il s'était fait arranger en secret un tombeau dans le jardin de Potsdam, et quMl aimait à dire, en indiquant la place avec mystère : Quand je serai lu, je serai sans souci, Christian Bartholmèss , Histoire philoso» phique de l'Académie de Prusse (Paris, 1850], t. I, p. 311.
2. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. X, p. Xlll- XIT, Avertissement de l'auteur.
3. Cependant ce premier nom ne laisse pas de reparaître ; et, VÉlégie à ma saur, pour la consoler de la perte de mademoiselle Herslfeld, est écrite « à Potsdam et à la Vigne , le 13 avril 1770. » Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin Preuss.), t. XIII, p. 35.