LA CHAMBRE DE VOLTAIRE
pourra disposer d'un instant, viendra s'y réfugier comrae dans un asile de paix et de recueillement, où la porte ne s'ouvre qu'à la philosophie et à ses adeptes.
Venez à Sans-Souci, c'est là que l'on peut être Son souverain, son roi, son véritable maître *...
A droite du vestibule, se trouvent les chambres des hôtes de Sans-Souci. Celle de Voltaire était au fond et avait une sortie sur la terrasse. La pendule est du temps; c'est, à ce qu'il parait, un présent de madame de Pompadourauroide Prusse. La tablerecouverte d'un velours bleu, que l'on aperçoit auprès, servait de bureau à l'auteur de Zaïre et de Mérope.
Le poêle, fort recherché à celte époque d'admiration et d'engouement sans limite, était le très-humble esclave d'une santé qui savait, quand il l'oubliait, rappeler à l'ordre ce valétudinaire, ce moribond en permanence, avec lequel, toutefois, les rentes viagères, celles qu'on lui faisait, étaient de si déplorables spéculations; et, quoi qu'il en eût, il lui fallait enrayer et déserter même la table de celui pour lequel il avait quitté parents, amis et patrie. «Ma santé esta peu près comme elle était à Paris; et quand j'ai la colique, j'envoie promener tous les rois de l'univers. J'ai renoncé à ces divins soupers, et je m'en trouve un peu mieux. J'ai une grande obligation au roi de Prusse ; il m'a donné l'exemple delà sobriété ^... » Mais cette retraite
1. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XI, p. 420. Épîlre VlII,à d'Argens,
2. Voltaire, Œuvres comp/é/e^ (Beuchot), t. LV, p, 465. Lettre de Voltaire à Richelieu; août 1750.