EMPLOI DU TEMPS
ne pouvait être que momentanée. Frédéric, quelque liberté qu*il semble accorder à son hôte, se fût malaisément accommodé de son absence à « ces divins soupers » qui étaient le délassement et la récompense d'une journée utilement et glorieusement remplie. Voltaire l'eût compris, lors même qu'il eût été aussi sincère qu'il le prétend, dans ses appétits d'isolement et de solitude. 11 se retrancha les dîners du roi : a II y a trop de généraux et de princes, » dit-il avec une superbe impertinence ; et il opta pour les soupers, qui étaient en plus petite compagnie^ plus courts, plus gais et plus sains *. Cette vie qu'il mène auprès du Salomon du Nord est, du reste, le paradis des philosophes. t( C'est César, c'est Marc-Aurèle, c'est Julien, c'est quelquefois l'abbé de Chaulieu, avec qui je soupe ; c'est le charme de la retraite, c'est la liberté de la campagne, avec tous les petits agréments de la vie qu'un seigneur de château, qui est roi, peut procurer à ses très-humbles convives '. » Et que lui demande-t-on, qu'exige-t-on en échange de cette existence enchantée? «Ma fonction est de ne rien faire. Je jouis de mon loisir. Je donne une heure par jour au roi de Prusse pour arrondir un peu ses ouvrages de prose et de vers ; je suis son grammairien, et point son chambellan. Le reste du jour est à moi, et la soirée finit par un souper agréable '. » La réputation de ces soupers n'est plus à faire. Ils
1. Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot), t. LY, p. 493. Lettre de Voltaire à madame Denis; Potsdam, le 13 oclobre 1750.
2. Ibid,, t. LV, p. 500. Lettre de Voltaire au marquis de Thibou Tille; Potsdam, ce 21 octobre 1750.
3. Uid,f t. LV, p. 503. Lettre de Voltaire à madame Denis; à Potsdam, le 28 oclobre 1750.